Amour et pleine conscience

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L’autre jour, une de mes patientes méditantes arrive à sa consultation, et me dit : « Nous allons prendre quelques minutes de pleine conscience avant que je ne vous raconte ce qui m’est arrivé cette semaine ! »

Je me demande bien ce qui lui est arrivé ; à voir son visage et sa manière de me parler, je suppose qu’il s’agit plutôt de bonnes choses. Mais en tout cas, je suis ravi de cette manière de bousculer nos habitudes, et de l’occasion de savourer l’instant présent avant de nous mettre à réfléchir et travailler ensemble.

Nous sommes donc là, tous deux face-à-face et silencieux, les yeux clos, à nous centrer sur notre souffle, notre corps, à accueillir les sons, à observer ce qui va et vient en nous. Intéressant et troublant, comme toujours.

Après quelques minutes, elle interrompt notre petite séquence, et m’annonce : « Voilà, je suis heureuse. Et amoureuse. »

Et la séance se passe autour de cela. La rencontre avec son nouvel ami, comment elle l’a vécu, ses craintes (ne pas être à la hauteur, se révéler, commencer à s’engager, mais jusqu’où, etc.).

Double saveur : travailler avec elle sur un moment de vie heureux (mais déstabilisant chez elle, pour des tas de raisons propres à son histoire, car elle revient de très loin) et le faire après ce petit amorçage de pleine conscience, qui a affuté et intensifié mon écoute.

Et après son départ, je remets ça, puisque je suis lancé : avant le patient suivant, je prends quelques minutes à savourer et me réjouir pour elle.

Il y a des jours où notre boulot de psychothérapeute est ainsi, simple et agréable…

Illustration : une photo d’Henri Zerdoun, qui parle à la fois de l’état amoureux et de la pleine conscience.