Des hommes et des Dieux

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J’ai beaucoup aimé ce film, et beaucoup de personnes l’ont aimé, si on en juge par les chiffres de fréquentation des salles où il est projeté.

J’ai beaucoup aimé le fond bien sûr (c’est un film sur la spiritualité et la fraternité) mais aussi la forme : pas de dialogues percutants et léchés, dont on sent qu’ils sont pensés pour frapper, mais des paroles simples, avec des silences, des hésitations, des répétitions, comme dans la vraie vie.
Pas de mouvements incessants de caméra, mais des plans fixes.
Pas de musique, sauf à un moment précis.
Ce moment qui m’a frappé…

Les moines sentent qu’ils sont condamnés et que s’ils restent, ils seront assassinés par les islamistes. Mais ils vont prendre la décision de rester, décision pas du tout héroïque dans son cheminement : ils ont peur, ils hésitent, ils se disputent même. Mais héroïque dans son aboutissement : ils restent, et dans sa motivation : ils restent parce qu’ils se sentent proches du destin des villageois qu’ils côtoient et qu’ils aiment et qu’ils ne veulent pas abandonner.

Alors, à un moment, alors qu’ils ont compris et admis cela, ils prennent un repas durant lequel un des moines de la communauté apporte deux bouteilles de bon vin, et un vieux magnétophone à cassette, et passe un extrait du ballet de Tchaïkowski, Le Lac des cygnes.
En général, je ne suis pas fan de la musique romantique : trop de pathos et trop d’emphase, fatigante et larmoyante. Mais là, ça marche totalement.
Pendant le repas, le cinéaste filme en gros plan les visages des moines, sur lesquels défilent tous leurs états d’âme : surprise au début, amusement, gravité, angoisse, apaisement, inquiétude, incertitude… Le tout en raccord parfait avec les oscillations de la musique, dont les débordements puis les apaisements sont ici parfaitement appropriés pour refléter et accompagner la violence et l’intensité de ce que ressentent les moines. Qui ont parfaitement compris que le geste de leur frère – vivre ensemble un moment de plaisir – était en rapport avec le destin tragique qui se profile pour eux…

Ils sont impuissants à empêcher le drame d’arriver, pour eux et l’Algérie, mais ils font le choix de la présence. Impuissants mais présents. Comme nous le sommes souvent dans nos vies, lorsqu’il s’agit d’aider autrui face à une adversité qui nous dépasse totalement…

PS : plusieurs internautes (lire les commentaires ci-dessous) m’ont à juste titre signalé (merci !) que les moines avaient peut-être été tués par l’armée, et non par les islamistes ; il y a effectivement dans le film une scène suggestive où un hélicoptère militaire survole sans raison apparente le monastère, très longuement, très près, et dans un vacarme menaçant, obligeant les moines, inquiets, à interrompre un office.