Honte, football et paradis

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Nos gestes parlent.

Et ce qui est émouvant, c’est que ce langage est universel et intemporel. Notamment le langage des émotions.

Celui de l’affliction par exemple : regardez comment Adam et Ève chassés du Paradis (belle et célèbre fresque de Masaccio) ont exactement la même posture que les footballeurs portugais qui viennent de prendre un but qui les élimine en Coupe du Monde (il me semble que c’était la cuvée 2006, celle du coup de tête de Zidane, et lors du match perdu contre les Français, d’ailleurs).

Inutile de les interviewer (d’ailleurs, quelle langue parlaient Adam et Ève ?), il suffit de regarder : quel chagrin ! À cet instant, tout est fichu : le passé est vain, le présent épouvantable et l’avenir bouché. Mais on continue de marcher et d’avancer. Soit parce que Dieu nous expulse et pousse derrière : il faut quitter le Paradis. Soit parce que le match est terminé et qu’il faut quitter le terrain.

Cette peine insoutenable, condamnée à continuer de marcher, qui prend exactement le même visage à plus de cinq siècles d’intervalle (je parle de l’intervalle entre la peinture et la photo, pas entre la péché originel et le match perdu) et dans des contextes si différent, me touche et me rapproche de tous les humains : nous souffrons tous des même maux, de la même manière.

Illustrations : Adam et Ève chassés du Paradis (Masaccio) et des footballeurs portugais chassés de la Coupe du Monde.