La télé du voisin

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Je bavardais l’autre jour avec une patiente de la manière dont les excès de sollicitations en tous genres de notre société moderne peuvent nous stresser à notre insu. Juste en étant bombardés alors que nous ne nous en rendons même pas compte : ce que les psychanalystes appellent une «accumulation d’excitation».

Et elle me racontait cette petite histoire à l’appui : un soir qu’elle regardait la télé (une émission de variétés) et qu’elle n’était pas tout à fait absorbée, elle jette un coup d’oeil au-delà de son écran TV, par la fenêtre. Et elle voit, dans l’appartement de ses voisins d’en face, de l’autre côté de la cour, une télévision elle aussi allumée, «avec des images qui sautaient à toute allure» me dit-elle. Frappée par le côté un peu halluciné de ces changements de plans incessants, elle se lève pour se pencher au balcon, le temps de fumer une cigarette, et de deviner un peu, de loin, ce que regardent les voisins. Mais au bout d’un moment, elle croit deviner ce qui se passe…

Elle revient vite s’asseoir dans son canapé pour vérifier, et elle compare : les images de l’émission qu’elle regardait et celles de ses voisins, ce sont les mêmes, elle est devant la même émission qu’eux !

Simplement, elle n’avait pas réalisé, absorbée qu’elle était dans le contenu, que le contenant avait cette forme syncopée à l’extrême : «je me suis alors rendue compte de tout ce que je prenais dans les yeux et dans le cerveau, sans le ressentir sur le moment…»

C’est ça, le problème des pollutions multiples que nous impose notre société matérialiste : tout est bon pour capter notre attention, même au détriment de notre bien-être. Et même si pour le moment on n’a pas de preuves claires que balancer un nouveau plan à l’image toutes les 2 ou 3 secondes, ça affaiblit nos capacités de concentration et ça nécessite ensuite beaucoup de temps pour un retour émotionnel au calme, on peut tout de même se poser la question…

Illustration : “Télévision et dépression”, dessin extrait de notre ouvrage “Je guéris mes complexes et mes déprimes”, Points Seuil 2010.