Mort et consolations

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On nommait autrefois consolation un ouvrage rédigé à l’occasion de la mort de quelqu’un, et à l’intention de ses proches. Le but en était double : témoigner de son affection et réconforter, mais aussi parler de la vie et de la mort, au-delà de la personne disparue. Les consolations les plus célèbres sont celle de Sénèque, et les écoliers apprenaient autrefois le poème de Malherbe, Consolation à Monsieur du Perrier sur la mort de sa fille.

Aujourd’hui, il existe de très bons livres de psychologie qui jouent ce rôle auprès des personnes endeuillées, du moins lorsqu’elles souhaitent être accompagnées et « consolées ». Par exemple, celui d’Alain Sauteraud : Vivre après ta mort, ou celui de Christophe Fauré : Vivre le deuil au jour le jour.

Puis il y a la parole de certains poètes. Christian Bobin en parle dans un entretien récent accordé au magazine La Vie. Extraits :

« Mon père, mort il y a maintenant 13 ans, n’arrête pas de grandir, de prendre de plus en plus de place dans ma vie. Cette croissance des gens après leur mort est très étrange. »

« Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant notre vue pouvait s’obscurcir pour tout un tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancoeurs, etc.), là, nous reconnaissons le plus profond et le meilleur de la personne. »

Les poètes sont bien plus doués que les psys pour consoler. Mais il faut faire l’effort de tendre l’oreille pour bien écouter leurs mots. Ils nous parlent souvent de la mort non comme d’un phénomène angoissant ou absurde (une souffrance sans explication), non comme d’une énigme à résoudre (comme tentent de le faire les médecins) mais comme d’un mystère à accepter (il y a un sens, mais qui nous est caché).

Nous avons toujours un peu de mal avec les mystères…

Illustration : une stèle basque, sur les hauteurs qui surplombent le village d’Ainhoa, vers le col des Trois Croix.