Premier baiser

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Une discussion l’autre jour avec un couple de vieux amis.

Lui nous raconte comment il s’est trouvé récemment très embarrassé : rentrant chez lui un soir beaucoup plus tôt que d’habitude, il aperçoit tout à coup, dans une porte cochère de leur quartier, leur fille (15 ans) dans les bras d’un garçon.

Il décrit ce qu’il a ressenti à ce moment : «Je me suis trouvé dans un état de grand embarras, très compliqué à décrire. J’étais d’abord incroyablement gêné de la voir embrasser un garçon pour la première fois, et plus gêné encore qu’elle puisse me voir en train de la voir. J’ai donc détourné le regard, baissé la tête, et marché droit devant moi pendant dix minutes sans me retourner. Puis je me suis arrêté pour récupérer. Je ressentais un indescriptible mélange d’états d’âme : surprise, bien sûr ; gêne et inconfort d’avoir regardé la scène, même de manière fugitive ; nostalgie sans doute de réaliser à quel point tout à coup le temps avait passé ; tristesse aussi de voir que j’étais finalement détrôné et qu’il y aurait désormais d’autres hommes très importants dans sa vie… »

Bref, un très grand et très intéressant trouble : des états d’âme comme je les aime, complexes, subtils, aspirant des souvenirs de tous les coins de notre histoire.

Et son épouse rajoute alors : «Moi, ce qui m’a frappée quand tu me l’a racontée, c’est que sur le moment, ça ne t’as pas fait plaisir. Alors que pour ma part, je pense qu’à côté de tous ces états d’âme de gêne et de nostalgie, j’aurais aussi ressenti du bonheur de voir que ma fille allait découvrir l’Amour !»

Ça ne m’est pas encore arrivé d’avoir à affronter ce genre de situation. Cela aura lieu, et c’est très bien. Mais, si je pense comme la maman, je réagirai sans doute comme le papa : et finalement, je préfère savoir que voir ! Les états d’âme de parent sont ainsi plus faciles à gérer et digérer…

Image : L’Amour, de Gustav Klimt (détail).