Quand on a tout perdu…

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C’est un beau portrait de jeune homme du 17ème siècle, que l’on peut voir au Musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg, et qui est l’oeuvre d’un peintre hollandais peu connu, Michael Sweerts.

L’expression de son visage est très belle et subtile, mélancolique, à la fois fatiguée et soulagée. On ignore ce que le peintre a voulu exprimer dans cette oeuvre. On suppose aujourd’hui qu’il s’agit peut-être d’un autoportrait. Mais alors, pourquoi les accessoires autour de lui sont-ils non pas ceux d’un peintre mais ceux d’un banquier ou d’un agent de change : bourse, pièces, livres de comptes, encrier et plumes ?

En réalité, le premier titre du tableau était : «En faillite», ce qui permet de mieux comprendre – en tout cas de mieux imaginer – le pourquoi de ce visage (à la fois triste et souriant) et de cette position (à la fois épuisée et apaisée). L’homme est peut-être effondré par sa faillite mais soulagé d’en avoir fini avec ses soucis d’homme d’argent. Je me souviens à ce propos d’avoir lu il y a quelques temps une interview de l’escroc Carl Madoff, qui provoqua une catastrophe bancaire mondiale, et qui racontait avoir été «soulagé» par son arrestation (mais sans doute moins par sa condamnation à 150 ans de prison…).

Le peu que l’on sait de la vie de Sweerts est qu’il était psychologiquement fragile, et qu’il termina sa vie en Inde, comme jésuite. Sans doute que sa fragilité fut à la source de sa subtilité en tant que peintre…

Illustration : le portrait de L’Ermitage.