Traductions à la chaîne

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Au mois de mai, je suis allé passer quelques jours à Barcelone, à l’occasion de la sortie de mon livre sur Les États d’âme en espagnol, aux éditions Kairos.
C’était très sympathique et gratifiant, comme toujours. Et l’occasion aussi de vivre des drôles de moments : par exemple les interviews à la chaîne. Comme le temps est concentré, on passe une ou deux demi-journées à voir un journaliste différent se succéder toutes les heures.
Je ne parle pas assez bien l’espagnol : j’avais donc une traductrice, douée et vive. Et au bout d’un moment, comme c’était toujours à peu près les mêmes questions qu’on me posait (ce qui est normal), je faisais à peu près toujours les mêmes réponses (normal aussi). Un peu ennuyé pour elle, tout de même, de lui imposer cette monotonie.
Mais il y avait aussi un avantage : au bout d’un moment, elle pouvait quasiment répondre à ma place ! Et du coup, nous avions compris le truc : je n’amorçais que la première phrase de la réponse, et elle traduisait d’elle-même tout le reste sans que j’ai eu besoin de le dire. Gain d’énergie pour moi (ne prononcer qu’une phrase au lieu de trois) et aussi pour elle (c’est moins fatigant de parler que d’écouter, comme chacun sait).
Nous étions ravis de notre petit truc.
Puis, en y réfléchissant le soir, je me suis aperçu d’autre chose : le sentiment, un peu bizarre au début, d’être dépossédé de mon propre discours, prononcé par une autre personne, s’était très vite estompé.
Pour une raison simple : ce que je dis ne m’appartient pas vraiment, car, en tant que psy, je ne fais que décrire (et non créer, comme un romancier). J’observe, je clarifie (du moins j’essaie), et j’en cause. Je ne fais que transmettre.
Alors, l’important, ce n’est pas que ça vienne de moi, mais que le message passe. Même dans la bouche de ma traductrice.
L’important, ce n’est pas « qui parle ? » mais « que dit-on ? ».
Enfin, il me semble…