Joie du matin et bonheur du soir ?

 

 

La question nous est parfois posée : « C’est la même chose, le bonheur et la joie ? ». Mauvaise réponse : essayer d’expliquer la supériorité de l’une de ces émotions sur l’autre ; autant expliquer que le rouge est supérieur au bleu, ou le matin au soir. Mieux : répondre qu’il y a quelques similitudes et pas mal de différences.

Similitudes : joie et bonheur sont des émotions agréables, qui nous donnent le goût et l’énergie de vivre, et qui disparaissent, c’est logique, quand nous sommes tristes ou déprimés. Différences : leur intensité, leur durée, et leurs conséquences.

Ainsi, la joie est une émotion plus intense, mais plus brève que le bonheur. Plus enfantine et spontanée, en quelque sorte. C’est peut-être ce qui la rend plus « chic » aux yeux de certains critiques du bonheur (qui perçoivent le bonheur comme un truc de vieux pantouflards).

La joie est aussi une émotion plus corporelle, plus physique, plus remuante, qui nous pousse davantage vers l’action, voire l’agitation : on saute de joie, mais pas de bonheur, le bonheur est un ressenti plus tranquille.

La joie est plus visible, le bonheur plus discret.

La joie, qui pousse à l’action, peut aussi déraper : en psychiatrie, il existe des joies pathologiques, lors des phases dites « maniaques » de la maladie bipolaire, et ces joies sont marquées par beaucoup d’agitation, d’impulsivité, et un trop plein d’appétits et d’énergies, qui va entraîner de nombreux problèmes (dépenses et conflits). On ne connaît pas de pathologies du bonheur, sinon celle de son manque maladif, la dépression.

Enfin, la joie, plus corporelle donc, est de ce fait une émotion moins mentalisée que le bonheur, plus animale ; dans le ressenti de bonheur, il y a davantage de pensées, de souvenirs, de bilans de son existence actuelle ou passée. Ainsi, les échelles destinées à mesurer le bonheur séparent cette dimension dite « eudémonique » (de satisfaction avec son existence) de la dimension dite « hédonique » (de satisfaction purement émotionnelle).

Nous en parlions plus haut : la joie n’est pas supérieure au bonheur, comme le matin n’est pas supérieur au soir.

Par contre, j’ai souvent l’impression que la joie est du matin et le bonheur du soir !

La joie, c’est cet élan vital qui, les bons jours du moins, par exemple lorsque nous sommes en vacances, nous tire hors du sommeil avec l’envie de vivre la journée qui nous attend ; la joie ressemble à nos matins lorsque nous allons bien.

Le bonheur évoque plutôt le soir, les crépuscules tranquilles de l’été : nous sommes heureux de ce que nous avons vécu dans la journée, il y a de la douceur, de la beauté, tout est à sa place, notre vie a du sens, et nous nous sentons prêts à accueillir la nuit.

Joie et bonheur : choisissons les deux !

 

 

Illustration : Le jeu de l »étoile du bonheur, pour nous aider à le chercher….

PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en août 2025.