La psychologie est partout !
Même les personnes qui pensent ne pas faire de psychologie se servent de classifications psychologiques, chaque jour.
Tout le monde utilise par exemple une typologie psychologique, certes rustique, mais psychologique tout de même, pour désigner les gens qu’on fréquente : les cons, les sympas, les casse-pieds…
Je voudrais parler aujourd’hui d’une dimension de cette psychologie quotidienne : la gentillesse.
Ainsi, tout le monde peut implicitement classer son entourage dans une des cases suivantes : les carrément méchants, les pas du tout gentils, les pas très gentils, les faux gentils, les vrais gentils, les super-gentils…
Comment définir la gentillesse ?
Par la tendance, la préférence assez spontanée, à se montrer attentif à autrui, doux, bienveillant.
C’est une vertu commune, banale, assez répandue finalement, mais une vertu tout de même, et pas des moindres : une de celles qui rendent vivables et agréables les groupes humains.
La gentillesse fait donc nos vies plus douces, mais elle expose aussi les personnes gentilles à quelques déconvenues.
Dont celle de l’abus de pouvoir : trop gentil, on risque de se faire avoir, par les abuseurs, les escrocs, les grandes gueules, les manipulateurs, bref de se faire avoir par les pas gentils.
D’où la tentation du « gentil mais pas trop ». Pourquoi pas ? Mais il me semble qu’il existe deux autres voies, celle de la gentillesse flexible et celle de la gentillesse associative.
La gentillesse flexible, d’abord : c’est la gentillesse par défaut, pour commencer toute relation et toute interaction ; mais c’est aussi une gentillesse que l’on peut décider d’atténuer ou d’interrompre si les interlocuteurs nous semblent ne pas la mériter.
C’est d’ailleurs là que se situe la différence entre la gentillesse, petite vertu spontanée, et la bonté, grande vertu constante, presque sainteté.
La gentillesse associative, ensuite. On peut associer en effet la gentillesse à la fermeté, comme nous le faisons par exemple, envers nos enfants. Nous ne cessons alors jamais d’être gentil, c’est-à-dire de nous montrer attentionnés et bienveillants, mais en imposant aussi nos convictions, nos attentes, nos limites.
Et oui, la gentillesse n’exclut pas la concomitance d’autres qualités : on peut être gentil et drôle, gentil et exigeant, gentil et ferme.
Tout cela nous rappelle que la gentillesse, judicieuse et non aveugle, a plus à voir avec l’intelligence et la finesse que ne le disent les méchants, avec leur « trop bon, trop con ».
C’est le moraliste La Rochefoucauld, pas vraiment un gentil pourtant, qui écrivait ainsi : « Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon. »
D’ailleurs, à un autre endroit de ses Maximes, il rappelait : « La plupart des hommes ont comme les plantes des propriétés cachées que le hasard fait découvrir. »
Car c’est une autre des vertus de la gentillesse, bien appliquée et bien conduite : elle permet souvent de révéler les bons côtés cachés des humains qui la reçoivent, et qui se manifestent alors sous l’effet de la bienveillance, là où ils disparaissent sous l’effet des vacheries et des méchancetés.
Allez, assez causé, passons à l’action : gros bisous à tout le monde !
Illustration : il n’a pas l’air comme ça, mais il est très gentil (Jacques Callot. Les Gobbi – Le joueur de violon).
PS : cet article reprend ma chronique du 8 octobre 2024 dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.
