Contemplation de la grâce

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Ça ne nous arrive pas souvent de rencontrer la Beauté, l’Intelligence, la Bonté. En vrai, je veux dire : pas seulement réfléchir ou discuter du concept, mais croiser quelqu’un ou quelque chose qui tout à coup nous impose l’évidence de l’incarnation d’une vertu. Ça m’est arrivé il y a peu, lors de mes dernières vacances.
C’était au Musée des Augustins à Toulouse, dans la salle dédiée à la sculpture gothique, devant une statue qui vaut le voyage à elle toute seule : Nostre Dame de Grasse.
Elle fait partie de ces œuvres devant lesquelles on passe de longs moments, le souffle coupé, l’esprit bousculé, l’âme aspirée par le vertige de l’indicible.
Et puis, ce n’est pas seulement sa grâce surhumaine qui touche. Il y a aussi l’humain en l’oeuvre : cette jeune fille a existé, sa moue triste et grave montre que les temps qu’elle a connus étaient plus sombres et durs que les nôtres.
Je suis encore sur un petit nuage d’états d’âme de légèreté et d’harmonie et de confiance dans le genre humain lorsque je sors du musée. Dans la rue je passe près d’un kiosque où d’autres têtes s’affichent à la une des magazines. Tout à coup, un flash : je compare le visage que je viens de contempler longuement, qui m’a apaisé et éveillé à la fois, aux sinistres mimiques plaquées, souriantes ou maussades, de nos stars de papier glacé ou de la télé. La différence entre le sincère et le factice, entre la grâce et la crasse. Premier mouvement de comparaison négative, de jugement réprobateur. Puis je me ressaisis : non, allez, laisse tomber, pas de ça, pas de mesquinerie, de jugements, de comparaisons. Pas maintenant. Ne gâche pas ton plaisir, ne dévalorise pas les uns pour célébrer les autres. Elle n’a pas besoin de ça pour être adorée, Nostre Dame de Grasse…