Je suis comme un singe de mauvaise humeur

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Quand j’étais plus jeune, existait un livre dont le titre m’avait fasciné : « Je suis comme une truie qui doute ».
Et récemment j’ai lu un article de primatologie dont le contenu m’a fasciné : il s’agit des états d’âme d’un singe prisonnier d’un zoo.
Agacé par les visiteurs humains, il se lève tous les matins à l’aube pour se constituer des réserves de munitions (cailloux, bouts de béton et autres projectiles) qu’il planque ça et là dans son enclos. Et quand ensuite, dans la journée, il y a trop de monde, ou trop de cris ou de sollicitations pour qu’il fasse le singe, il s’énerve et bombarde ces singes humains agaçants, de l’autre côté du grillage, qui le titillent bêtement au lieu de profiter de leur liberté.
Les primatologues sont intéressés, dans cette histoire, par la capacité du singe d’anticiper ses états émotionnels : ses colères ne sont pas seulement réflexes, mais réfléchies. Et donc, il y songe à l’avance, et construit un plan d’action pour les exprimer. États d’âme de singe : il est conduit à ce comportement par les ruminations des agacements passés et les anticipations des agacements à venir. D’où ses plans d’action…
Et moi, ce qui m’a fasciné dans cette histoire, c’est que je me suis senti proche du singe : je me suis dit que si on m’enfermait dans un zoo et si on m’interpellait à longueur de journée, est-ce qu’un passe-temps correct ne serait pas de faire comme lui ?
Bon, d’accord, ça ne l’avance pas à grand-chose de caillasser les visiteurs. Même pas sûr que ça le défoule et lui fasse du bien. Il ferait peut-être mieux de rester zen, et de se faire envoyer des cacahouètes. N’empêche : nous sommes tous, parfois, des singes de mauvaise humeur. Car nous ne descendons pas du singe, nous sommes des singes. Avec simplement un gros cortex préfrontal.