Maîtresses et maîtres de sagesse

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On vit vraiment une drôle de période, une période un peu folle, qui nous pousse à des réactions qui le sont tout autant : énervements et abattements, frustrations et incompréhensions, rouspétances et incohérences…. Bref, nous aurions bien besoin d’un peu de sagesse !

 

Quand on parle de sagesse, on cède souvent à deux stéréotypes. 

 

Le premier est de penser tout de suite à un vieux monsieur barbu, figure traditionnelle du sage. Mais nous devrions moderniser un peu nos clichés sur la sagesse : car il y a aussi, bien évidemment, des femmes sages, même si l’on parle moins d’elles ! 

  

Et puis, il y a un autre stéréotype : la sagesse comme une tradition orientale. Mais inutile de prendre l’avion pour chercher au loin : les figures de sagesse se retrouvent en tous lieux, et notamment en Occident !

 

Prenez Montaigne, par exemple, qui fut, en Dordogne et en son temps, un homme sage et prudent, dont les propos peuvent nous aider aujourd’hui encore. 

Car un humain qui écrit (Essais III, 8, De l’art de converser) : « Quand on me contredit, on éveille mon attention et non pas ma colère » a beaucoup à apprendre à ses semblables ! 

Je répète, parce que les phrases de sagesse, il faut les répéter : « Quand on me contredit, on éveille mon attention et non pas ma colère ».

 

Mon beau-père, lui aussi, était pour moi un modèle de sagesse au quotidien, avec une incroyable capacité à extraire du bonheur de tous les moments de sa vie, même des instants peu réjouissants à première vue. 

 

Ainsi, ayant fait un jour, dans sa maison reculée du Pays Basque, une grave chute sur le crâne, suivie d’une hémorragie, il avait dû être évacué par hélicoptère vers l’hôpital de Bayonne, où examens et soins lui furent prodigués. Lorsqu’il nous téléphona le soir venu, pour nous raconter ses aventures, il ne parla pas un instant de ses peurs ni de ses vingt points de suture ! 

 

Mais de la compétence et de la bienveillance des soignants, et des pompiers ; de son incroyable voyage en hélicoptère, qui l’avait enchanté ; et de la chance qui avait été la sienne. Il donnait toujours la priorité à tout ce qui pouvait aider à mieux vivre, à rendre l’existence plus belle. C’était sa sagesse à lui.

 

Le philosophe André Comte-Sponville a un jour défini la sagesse ainsi : « Le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité ». 

Mon beau-père, qui aimait le genre humain, aurait parlé du « maximum de bonheur dans le maximum de générosité ». 

Alors, additionnons les deux, et nous aurons la formule de sagesse idéale : « le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité et de générosité » !

 

Je suis sûr qu’elle aurait plu à Montaigne !

Illustration : même les escaliers ne s’y retrouvent plus…

PS : cet article est inspiré de ma chronique du 17 novembre 2020, dans l’émission Grand Bien Vous Fasse, d’Ali Rebeihi, sur France Inter.