Puissance de l’anodin et gratitude infinie

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C’est une belle soirée passée chez des amis, avec de grandes discussions, de bons plats et du bon vin.

Nous sommes arrivés tôt à leur demande, pour pouvoir repartir avant minuit et ne pas être crevés le lendemain. Cependant, la conversation dure, dure, dure ; je commence à piquer du nez, et j’observe que mon ami a lui aussi les paupières lourdes. Mais nos épouses sont en pleine forme et continuent, malgré nos petits signaux de fatigue de moins en moins dissimulés, à passer en revue tous les grands thèmes de nos vies. Nous finissons par partir bien plus tard que prévu.

Il me tarde d’être au lit et de dormir. Voilà, ouf, ça y est : quel délice, bien au chaud sous la couette ! Et tout à coup, je me rappelle.

Je me rappelle qu’il y a des années, quand ce genre de situation m’arrivait (vouloir me coucher tôt après une soirée, et en fait me retrouver au lit seulement à 1 heure du matin), quand ce genre de situation m’arrivait donc, je rouspétais in petto : j’étais agacé d’être parti trop tard de la soirée, j’étais fatigué à l’avance par le réveil précoce du lendemain matin, un peu inquiet de ne pas avoir assez de temps pour récupérer.

Et là, je vois que mon cerveau ne rouspète presque plus, ne s’agace presque pas.

Il ne perd pas de temps ni d’énergie à regretter la soirée un peu trop longue. Il ne s’inquiète pas de la fatigue à prévoir pour le lendemain. Il écarte avec facilité ces tentations de ronchonner et se concentre juste sur l’essentiel, sur l’instant présent : que c’est bon d’être dans son lit sous sa couette quand on est fatigué et qu’on a juste envie de dormir !

Il (mon cerveau) se consacre directement à l’instant présent. Il sait que le reste est inutile. En tout cas, inutile à ruminer à ce moment. Ce moment est juste à savourer et non à gâcher.

Je comprends alors que toutes les séances de méditation et tous les séquences de pleine conscience ont commencé à modifier tranquillement mon cerveau (la fameuse neuroplasticité, chère aux thérapeutes) année après année, sans que je ne m’en aperçoive. Il fait le boulot de régulation émotionnelle avec une efficacité bien plus grande : tantôt tout seul, tantôt à ma demande. Grâce à tous les petits efforts anodins, et apparemment improductifs sur le moment, effectués depuis des années.

Des efforts anodins qui font de nous de meilleurs humains : des humains qui rouspètent moins, qui agressent moins, qui savourent mieux, qui sont plus heureux, plus capables d’écouter sans s’énerver, d’agir à bon escient, sans en rajouter dans la colère ou l’autosatisfaction.

Gratitude immense, cosmique, gigantesque, envers tous les méditants de toutes les époques et de toutes les cultures qui ont patiemment mis cela au point depuis des millénaires. Tout seul, je n’y serai jamais arrivé…

Illustration : pouêt-pouêt, c’est l’heure d’aller au lit !