Stade Toulousain

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Ce week-end, le Stade Toulousain a conquis son quatrième titre de champion d’Europe. Aucun autre club n’a fait mieux. Le Stade Toulousain est le plus grand club de rugby d’Europe et sans doute du monde.

J’étais samedi après-midi au Stade de France pour soutenir mon équipe : j’ai chanté, hurlé, braillé, agité mon drapeau ; j’ai espéré, je me suis réjoui, je me suis inquiété, j’ai été soulagé puis heureux.

De l’extérieur, tout cela semble peu logique : dans la vie en général, je m’efforce de fuir les états d’âme de fierté, les notions de victoire, de domination, de suprématie, d’attachement aux résultats. Mais dès qu’il s’agit du rugby et du Stade Toulousain, tout ceci s’envole…

Parfois, je suis presque embarrassé de cette incohérence. Mais en y réfléchissant, je me trouve des excuses et des arguments.
D’abord, ceci se passe dans un domaine bien limité, celui du sport et du rugby, et ne contamine pas, me semble-t-il, le reste de mes attitudes.
Ensuite, ce n’est pas non plus un reniement total de mes valeurs : je ne siffle pas l’adversaire, j’essaye de ne pas trop en vouloir à l’arbitre, d’accepter la défaite, ou de consoler les supporteurs adverses si nous gagnons. Ce n’est pas davantage une aliénation émotionnelle totale : si nous perdons, je ne suis que triste, pas en colère ; si nous gagnons, je ne suis qu’heureux, pas orgueilleux. Enfin, il me semble que finalement, soutenir une équipe sportive peut être une bonne voie (il y en a évidemment d’autres) de travail sur soi…

Par exemple, apprendre à savourer ce qui nous est donné (ces jours-ci, je savoure le titre de champion d’Europe du Stade Toulousain) tout en sachant que cela nous sera retiré, comme tout bonheur (je ne suis pas sûr que le Stade soit de nouveau champion l’an prochain). Et que c’est la vie. Le sport nous fait éprouver que tout passe et tout revient. Et que c’est bien ainsi (il faut bien que les autres équipes gagnent).
Apprendre aussi à accepter la tristesse des lendemains de matches perdus. Se rappeler alors qu’il n’y a pas que la victoire qui compte, il y a aussi la camaraderie, le beau jeu, le ciel bleu et l’odeur du gazon fraîchement coupé. Tout le reste de la vie (ça fait beaucoup).
Et toujours prendre garde, justement, de ne jamais perdre de vue ses valeurs et repères fondamentaux…

Samedi, par exemple, 10 minutes avant la fin du match, les joueurs toulousains mènent 21 à 12 devant leurs adversaires du Biarritz Olympique. Un écart de 9 points qui leur paraît garantir la victoire. On sent qu’ils y pensent déjà.
Leur talonneur, William Servat (surnom : « la Bûche », en raison de l’impression que l’on ressent en essayant de le plaquer) vient d’être élu « homme du match ». Stupidement, on annonce cette nouvelle sans intérêt (le rugby se joue à 15) au micro du Stade de France. L’entraîneur toulousain Guy Novès le fait sortir, car il est épuisé.
Sur le banc du Stade Toulousain, on voit bien qu’ils pensent avoir gagné le match : Servat salue les supporteurs, Novès lui fait un large sourire, tout le monde est content. Et poum !, les Biarrots plantent un essai magnifique au bout d’une gigantesque galopade qui balaie tout le terrain. Un essai à la toulousaine… Les voilà revenus à 21 à 19, s’ils marquent encore 3 points sur n’importe quelle pénalité, ils gagnent. Du coup, la fin du match redevient un moment de tension et d’inquiétude. Jusqu’au grand soulagement du coup de sifflet final…

Péché d’orgueil + faute de déconcentration = punition instantanée. Ces leçons-là, finalement, mieux vaut les recevoir au cours d’un match de rugby que dans la vraie vie, non ?

Vive le rugby, vive le Stade, vive la vie !

PS : merci à Valérie, ma bonne fée du Stade Toulousain, pour les places et à Benoît pour le diaporama.