Sud-Ouest

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Je suis né à Montpellier, mon grand-père était cévenol. Ce sont mes racines.

Mais j’ai grandi et étudié à Toulouse ; c’est là que je suis devenu un homme, devenu médecin aussi. L’empreinte du Sud-Ouest est très profonde en moi. C’est mon identité.

Le Sud-Ouest n’est pas une vraie région administrative (on y retrouve de nombreuses régions : Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon…), ni même une ancienne province française d’avant la Révolution (car elle s’étend du Pays Basque aux Cévennes), mais une zone de valeurs et de passions communes, de l’Atlantique à la Méditerranée.

On y a l’accent, on y utilise un français coloré d’occitan. Dans les magasins, on ne vous donne pas pour vos achats des sacs mais des poches ; dans les boulangeries, on ne vend pas de pains au chocolat, mais des chocolatines ; les galettes des rois ne sont pas ces gâteaux gras à la frangipane que l’on trouve dans le Nord, mais de délicieuses brioches aux fruits confits et à la fleur d’oranger. Une chauve-souris y devient une pipistrelle…

On y aime le rugby, la corrida, le cassoulet, le foie gras, l’huile d’olive, et ces fanfares qu’on appelle des bandas. On n’y aime pas aller vite ou être bousculé. On y a le verbe haut, quand il le faut.

Bien que je vive maintenant à Paris depuis 20 ans, je suis toujours intensément rattrapé par le Sud-Ouest à la moindre occasion.

Par exemple à chaque nouveau disque de Francis Cabrel. Mes filles et mon épouse me chambrent, parce qu’elles trouvent Cabrel ringard. Mais je m’en fiche. J’aime son boulot, et je trouve irrésistible, unique et convaincant son phrasé qui mélange l’accent d’Agen au rythme du blues.

Et j’ai aussi le cœur complètement soulevé à chaque fois que j’écoute le chant des supporteurs de l’Aviron Bayonnais, le plus bel hymne du rugby français (et que je vois jouer le Stade Toulousain).

La chanson Montagnes Pyrénées m’arrache des larmes.

Pareil pour Mes jeunes années, lorsque « les Pyrénées chantent au vent d’Espagne ».

Et je ne vous parle même pas de tout le reste : voir depuis la plaine toulousaine toute la chaîne des Pyrénées resplendir dans le lointain ; boire un vieil Armagnac en admirant le soleil se coucher un soir d’hiver limpide et glacé sur les collines du Gers, entre Condom et Fleurance ; découvrir la Méditerranée depuis les hauteurs de la montagne de La Clape, quand on arrive de Narbonne ; faire l’ascension tranquille du Mont Vallier dans l’Ariège…

J’ai lu récemment deux études passionnantes sur la nostalgie, ce plaisir, très légèrement teinté de tristesse, que nous éprouvons en songeant à nos bonheurs passés.

La première soulignait à quel point la nostalgie joue un rôle utile pour augmenter le sentiment que notre vie a du sens.

La seconde, plus triviale et amusante, montrait que lorsque la température extérieure est froide, nous sommes plus facilement nostalgiques ; et que ça tombe bien, parce que justement, nous laisser aller un peu à la nostalgie a tendance à nous donner une sensation de réchauffement corporel.

Ce doit être le froid de ce très long hiver, et la promesse du beau soleil d’hier, qui déclenchent en moi ce besoin de Sud-Ouest …

Illustration : un arbre que j’aime, au Pays Basque.