Tasse cassée

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L’autre matin, en montant les escaliers pour me rendre dans mon bureau, une tasse de thé à la main, je trébuche et la tasse m’échappe, se renverse et se casse.

Ma réaction m’étonne alors.

Je suis un peu agacé d’avoir renversé du thé partout, il va me falloir éponger tout ça. Je suis un peu triste d’avoir cassé ma tasse (je l’avais achetée au Japon et je l’aimais bien). Mais tout ça reste sur le registre du « juste un peu » : il y a quelques années, je pense que j’aurais été bien plus agacé par ma maladresse et la perspective de devoir nettoyer l’escalier, et surtout que j’aurais été bien plus triste d’avoir cassé ma tasse.

Mais là, sans avoir eu à faire d’effort, sans avoir eu à me dire « inutile de t’agacer, ce n’est qu’une tasse et que quelques minutes à éponger », ma première réaction a été d’emblée adaptée : un peu d’agacement, un peu de tristesse, pour un incident ne mérite pas davantage en matière d’émotions.

Une fois revenu dans mon bureau, avant de me mettre au travail, je réfléchis un peu à ce qui vient de se passer. Comment comprendre cette petite séquence ?

Peut-être est-ce lié au temps qui passe ? En avançant en âge, nos émotions tendent à s’apaiser, à s’éroder doucement, nous sommes moins explosifs et réactifs. Nous sommes aussi, souvent, moins attachés aux objets.

Peut-être aussi que c’est le fruit de certains de mes efforts pour moins m’agacer ou moins me désoler pour des choses que n’en valent pas la peine (c’est un de mes nombreux chantiers existentiels…) ?

Peut-être enfin est-ce lié aux circonstances, à mon état du moment ? Je viens de bavarder, un peu avant, avec un ami plus jeune que moi d’une vingtaine d’années, qui vient d’avoir une petite fille. Il m’a montré des photos d’elle, toute mignonne, toute souriante. Ça m’a fait plaisir de le voir si heureux. Je me suis dit que sa petite fille allait avoir un chouette papa (la maman est super aussi !). Je me suis dit aussi qu’elle vivrait sans doute jusqu’au XXIIème siècle, que je ne connaîtrai (sans doute) pas. Je me suis dit que c’était comme ça, le grand cycle des vies humaines, qu’il fallait faire de la place pour ceux qui arrivaient, etc. Bref, j’étais plutôt attendri et apaisé. D’où mon calme face à la tasse cassée et au thé renversé ?

Sans doute que les trois raisons sont associées : temps qui passe, efforts pour progresser, humeur du moment…

Mais ce petit incident et ces conclusions m’ont réjoui, la journée commence bien.

Belle rentrée à tout le monde.