Franchement, j’en ai marre de l’éco-anxiété !
Attention, je n’en ai pas marre de l’écologie, je ne suis pas oublieux du péril climatique, je n’ai pas basculé dans le camp des climatosceptiques. Non, j’en ai marre du terme lui-même : « éco-anxiété ». Et de ses inconvénients.
Parler d’éco-anxiété, cela sous-entend que les personnes (légitimement) préoccupées par l’état de la planète le seraient à cause de leur anxiété ; qu’elles seraient des inquiètes, des déprimées, voire des énervées. Bref, que le problème viendrait de leurs émotions, de leur sensibilité excessive, et pas de la situation climatique.
L’ennui aussi, avec l’éco-anxiété, c’est que ce mot suggère qu’en face, il y aurait des éco-calmes, des éco-lucides, des gens raisonnables, qui ne s’affolent pas, et qui ont raison de penser qu’on trouvera toujours des solutions pour contrer le réchauffement climatique tout en continuant de prendre l’avion et de consommer du plastique tous azimuts.
Eh bien non ! Si l’état de la planète vous soucie, vous n’êtes pas éco-anxieux, vous êtes éco-conscients.
Votre anxiété n’est pas la cause de votre vision du monde, mais sa conséquence : vous êtes anxieux parce que vous êtes conscients. Et c’est vous qui êtes lucides. Car en face, il y a des éco-inconscients, des éco-aveugles, des éco-sourds, des éco-bornés, qui aggravent méthodiquement le problème.
« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde » écrivait Albert Camus. C’est important, la lutte pour les mots justes. C’est important, parce qu’il y a un combat à mener.
Ce combat, on commence par le mener dans sa tête : être éco-conscient, c’est une forme de lucidité qui comporte des aspects douloureux. Alors, une première étape est d’apaiser nos émotions, d’écarter nos sentiments d’impuissance ou de colères, inutiles à l’action efficace. Puis, il faut savoir comment agir et convaincre, s’engager dans des efforts, extérieurs ceux-là : donner l’exemple, dialoguer sans agresser, militer si on aime ça.
Nous pouvons avoir confiance : l’immense majorité des humains préfère entendre le chant des oiseaux, respirer un air pur, admirer un ciel bleu. Les prédateurs de la Terre ne sont qu’une minorité et personne ne se réveille le matin en se disant : « aujourd’hui je vais saccager la planète et lui faire du mal pour mon intérêt personnel » C’est en général par insouciance ou par inconscience que nous nuisons à la Terre.
Revenons à Camus, quand il écrit : « Ce n’est plus d’être heureux que je souhaite, c’est d’être conscient. » Soyons donc éco-conscients. Car la conscience mène à la vision juste, puis à l’action juste, c’est-à-dire l’action calme et efficace. Et de cela découlera plus de bonheur, pour tout le monde…
Illustration : Un jeune éco-conscient tentant d’éveiller ses parents à la cause, mais c’est un peu trop tard…. (par le génial Muzo)
PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en août 2026.
Référence : E et L Contamin, Petit guide psy à l’usage des jeunes éco-conscients, Odile Jacob 2026.
