Lors des dernières fêtes de Noël, nous bavardons avec une cousine à propos des autres membres de la famille, et elle me raconte une histoire qui me fait dresser l’oreille. Une de nos jeunes nièces en avait assez des réveillons et des vacances en famille où l’ambiance était souvent un peu tendue et où des conflits inutiles explosaient.
Alors cette année, elle a proposé à ses proches un petit exercice destiné à améliorer l’ambiance. Lors de la première soirée de retrouvailles, elle demanda à chaque personne de prendre une feuille de papier et de répondre en quelques mots à trois questions simples…
« Alors que nos retrouvailles familiales commencent, que nous nous aimons et que nous nous apprêtons à passer du temps ensemble {entendez : « les uns sur les autres »}, ce serait bien que chacune et chacun se demande, à propos de ce séjour :
1) de quoi j’ai peur ?
2) de quoi j’ai besoin ?
3) de quoi j’ai envie ?
Et à tour de rôle, brièvement, clairement, nous le dirons aux autres, à voix haute. Nous nous écouterons attentivement, sans commenter en groupe. Si on veut en reparler, et se sera très bien de le faire, ce sera en tête-à-tête, tranquillement, sincèrement, avec bienveillance. Et bien sûr, on ne juge pas, on ne critique pas, on ne chambre pas tout ce qui a été dit en confiance par autrui. »
Pas mal, hein ? Mais pas si facile non plus ! Et puis, bien sûr, cela suppose que tout le monde ait envie que les choses se passent bien. Dans ce cas, c’est un procédé simple et intelligent. Pour la branche familiale de notre nièce, cela a bien marché, de l’avis général des participants. J’ai essayé moi aussi : intéressant et utile !
Les peurs les plus fréquemment exprimées ? Souvent celle des disputes, à propos de la non-participation aux travaux communs, ou des rythmes de vie différents. Les besoins : que les tâches soient clairement réparties dès le début, pouvoir se reposer, dormir tard, avoir des moments de solitude à part du groupe, et sans être critiqué pour tout cela… Les envies : qu’on soit heureux, qu’on se dise des choses gentilles, qu’on rigole ensemble…
Tout cela n’est pas bien spontané ? Certes. Mais que préfère-t-on ? Du spontané où on s’engueule, ou du travaillé permettant d’éviter frictions insatisfactions ? On n’apprendra rien de neuf sur les autres, nous savons déjà comment ils fonctionnent ? Sauf que… même si on le sait déjà, entendre la personne dire à haute voix, en s’adressant au groupe avec sincérité : « j’ai peur qu’on me critique, j’ai besoin de pouvoir dormir tard le matin, et j’ai envie de légèreté dans nos échanges… », puis oser exprimer cela soi-même, ça fait réfléchir !
Et bien sûr, ça ne se limite pas aux fêtes de fin d’année : ça vous tente d’essayer lors d’une prochaine réunion de famille ou d’amis ?
Illustration : « C’était quoi, déjà, les 3 questions à poser ? »
PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en avril 2025.
