On se dispute parce qu’on s’aime ?

  

 

« Allo ? Encore ! Non mais c’est bon, on ne va pas revenir encore une fois sur cette histoire ! … Mais non, je ne m’énerve pas, je t’explique ! … Comment ça toujours pareil ? C’est toi, toujours pareil ! … Non !… Mais… C’est bon, le dossier est clos, je n’ai plus envie d’en parler ni de me disputer ! … Non et non ! Je te préviens, je raccroche avant de m’énerver pour de bon… » Pffff !!!

Je rigole, mais ça me stresse les disputes, je déteste ça.

Ma définition de la dispute est la suivante : « Friction relationnelle entre humains qui s’aiment bien. »

Eh oui, la clé de la dispute, c’est l’amour, l’affection, l’amitié… On ne se dispute que s’il y a un vrai lien, et une histoire heureuse. Sinon on ne se dispute pas, il n’y a pas d’enjeu, ça ne vaut pas la peine : on s’insulte ou on se méprise, puis on passe son chemin.

Il y a beaucoup de théories autour des disputes, notamment dans le couple : comment les éviter, comment en sortir, comment les transformer en discussions puis en dialogue. Eh oui, les mots ont un sens !

Dans la dispute, on n’écoute plus son interlocuteur, on veut vider son propre sac et mettre le nez de l’autre dans nos souffrances ou dans ses torts, et on est prêt à faire mal.

Dans la discussion, on ne veut pas faire du mal, mais on veut avoir raison, on écoute un peu l’autre, mais on souhaite surtout imposer son point de vue.

Dans le dialogue, on écoute vraiment, parce qu’on veut arriver à un consensus, un compromis.

La dispute, c’est un conflit qui dérape, la discussion c’est un bras de fer dans les règles, le dialogue c’est une construction commune.

Beaucoup des théoriciens de la dispute rappellent volontiers deux points importants.

D’abord, qu’il est normal de se disputer de temps en temps, le silence et le non-dit sont encore pires en cas de conflit.

Ensuite, que c’est l’après-dispute qui est le temps sensible et souvent fécond. C’est ce que rappelle Alfred de Musset quand il écrit : « À quoi sert de se quereller quand le raccommodement est impossible ? Le plaisir des disputes, c’est de faire la paix. »

Faire la paix et se retrouver 

S’aimer, se disputer, se retrouver, se réconcilier, c’est beau !

Mais quand même, une question : est-ce qu’il y a des disputes sans solution, sans réconciliation possible ? Je crois que oui, il y a des sujets dont on ne peut pas parler avec les gens qu’on aime, parce qu’on sait que le conflit viendra, et qu’il ne servira à rien.

Une de mes filles m’avait ainsi dit un jour : « Papa je t’aime beaucoup, alors il y a des sujets dont je préfère qu’on ne parle pas ensemble, pour ne pas nous fâcher. » Elle avait raison, d’autant que les sujets en question ne concernaient pas notre relation, mais des débats politiques ou sociologiques.

C’est l’amour, encore et toujours : l’amour qui fait qu’on en arrive à se disputer l’amour qui fait qu’on voit que c’est absurde, l’amour qui pousse à éviter de se disputer, l’amour qui pousse à se réconcilier.

George Sand décrit ça, dans son « Histoire de ma vie » : « Dans toute amitié, il y a des liens plus forts que nos colères d’un jour. Nous croyons détester des gens que nous aimons quand même. Des montagnes de disputes nous séparent, qu’un mot suffira à effacer. »

J’adore : « nous croyons détester des gens que nous aimons quand même… » Qui va gagner : détestation ou affection ?

 Et j’adore aussi : « des montagnes de disputes nous séparent, qu’un mot suffira à effacer… » Un mot ? Quel est donc ce mot ?

Je vous laisse le deviner…

Je ne vais pas faire tout le boulot à votre place, quand même !

 

Illustration : le mauvais génie de la dispute (Gorgone, Syracuse, 6ème siècle avant JC)

PS : cet article reprend ma chronique du mardi 13 mai 2025 dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.