Écologie : agir et espérer

 

 

L’autre jour, je reçois le coup de téléphone d’un ami qui a fait de la politique pendant de longues années ; comme j’étais en train de préparer ma chronique pour l’émission, je lui parle du sujet, et il me demande alors : « toi qui es psy, tu dois bien avoir une idée de ce qu’il faudrait faire pour convaincre les gens de moins consommer, pour protéger la planète ? »

Et là, grand coup de détresse.

Des idées sur ce sujet, je n’en ai pas tant que ça. Ce n’est pas mon métier. En tant que médecin psychiatre, je sais comment aider à lutter contre les excès d’anxiété ou de culpabilité. Mais dans ce domaine, j’ai l’impression qu’il faudrait au contraire que nous soyons plus anxieux face aux risques écologiques, ou plus culpabilisés face à notre surconsommation de produits et de services polluants.

Bref, je ne sais pas quoi répondre à mon ami. Nous parlons d’autres choses. Quand nous raccrochons, je suppose qu’il est frustré, et moi je suis désolé. Que faire, que faire ?

Déjà me sortir de cet état de spleen ! Alors, je vais marcher dans la nature, dans le bois proche de chez moi. Au bout d’un moment, je m’assieds, je contemple les grands arbres tranquilles ; le ciel bleu, silencieux ; le passage des nuages …

Je pense au poète Bobin, qui écrit : « J’admire chaque jour en sortant de chez moi la grande confiance des nuages, leur inlassable candeur qui roule au-dessus de nos têtes, comme s’il y avait une provision de bien éternellement plus grande que celle du mal. »

Je me sens un peu mieux…

Ce lien à la nature me console, comme souvent, comme toujours. Je me sens apaisé, rassuré pour la nature et pour la planète : malgré nos folies, elles nous survivront. Elles étaient là avant, elles seront là après nous.

Je me sens apaisé, moi aussi. Désenglué de ma morosité.

Je pense à la belle maxime du poète Hölderlin « Là où croit le péril croit aussi ce qui sauve. » Je me dis que les sociétés humaines sont ainsi faites que toute crise est suivie d’une résolution, ou que toute avancée est précédée d’une crise. Je me dis que les catastrophes qui nous menacent ne sont sans doute pas encore assez avancées pour que tout le monde se bouge…

Je pense à la sentence d’Alexandre Dumas, à la fin de son roman, le Comte de Monte-Cristo : « Attendre et espérer ». Je me mets à espérer que le seuil où tout le monde va bouger ne sera pas trop loin dans le temps. Là, j’ai envie d’un petit bémol. Non, il ne faut pas « Attendre et espérer » mais « Agir et espérer ».

Voilà, ne pas attendre mais agir. L’action a deux vertus : elle est le meilleur des anxiolytiques. Et elle est la seule manière de changer le monde.

Au boulot mon gars, que je me dis ! Ce que tu vas faire, c’est agir, davantage, aux 3 niveaux possibles : individuel, collectif, politique. Je m’invigore intérieurement, je m’exhorte…

Au niveau individuel, fais ta part : consomme moins, prend moins l’avion et moins l’auto, mange moins de viande et moins de poisson, utilise moins de plastique, expose-toi à moins d’écrans… Ça en fait des moins ! Pas grave on remplira avec des plus : plus de vélo, plus de fruits et de légumes, plus de nature et plus de liens…

Au niveau collectif : au lieu de stresser dans ton coin, rejoins des copains, milite ; ou donne aux associations qui le font ; défends tes convictions, essaie de convaincre chaque mois deux personnes autour de toi…

Au niveau politique : au lieu de râler, vote ; écris à ta députée, à ton maire ; présente-toi…

Bon… Après tout ce grand discours intérieur, me revoilà assis dans l’herbe au milieu des arbres. Pas tout à fait sûr d’avoir sauvé la planète. Mais j’ai au moins sauvé mon moral ; et j’ai passé une heure durant laquelle je n’ai pas aggravé la situation écologique, je n’ai fait que marcher et respirer.

Et surtout, j’ai regonflé mon envie d’agir. Je me sens requinqué, et prêt à adhérer au programme du philosophe Henri Bergson : « L’avenir n’est pas ce qui va nous arriver mais ce que nous allons faire. »

Merci les arbres et merci les nuages !

 

Illustration : fillette, montagnes et ballon rouge, dans le Montana, aux USA…

PS : cet article reprend ma chronique du 29 octobre 2024, à écouter ici, dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.