
Je suis en train de relire La Pesanteur et la grâce, de Simone Weil.
Dans sa belle préface, le philosophe Gustave Thibon rappelle comment elle n’était pas facile à vivre, très exigeante et idéaliste. Mais, également et évidemment, géniale à lire, dans son absolutisme. Les grands esprits sont souvent ainsi : difficiles à vivre et étourdissants à lire.
Thibon rappelle comment Simone Weil pensait ainsi que le choix est « une notion de bas niveau » : « Il faut être indifférent au bien et au mal, mais vraiment indifférent, c’est-à-dire projeter également sur l’un et sur l’autre la lumière de l’attention. Alors, le bien l’emporte par un phénomène automatique. »
Puis, Thibon nous éclaire : « Tant que je balance entre faire et ne pas faire une mauvaise action (par exemple, posséder ou non cette femme qui s’offre à moi, trahir ou non cet ami), même si je choisis le bien, je ne m’élève guère au-dessus du mal que je repousse. Pour que ma “bonne“ action soit vraiment pure, il faut que je domine cette oscillation misérable et que le bien que j’accomplis au-dehors soit la traduction exacte de ma nécessité intérieure. »
Pas commode, hein ? Mais en attendant d’être capables de faire, parfois, de « pures » bonnes actions, nous pouvons déjà en proposer des impures, de bonnes actions. Les personnes qui en bénéficieront ne seront peut-être pas si regardantes sur leur pureté…
Pour autant, ce qu’écrit Simone Weil est vraiment intéressant en termes de travail personnel (même si pour moi, une bonne action commise « malgré » la présence de motivations peu avouables ou embarrassantes est presque plus admirable).
Et puis cela représente aussi une profonde et douloureuse piqûre de rappel en matière d’humilité sur nos bonnes actions…