Anxiété

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Quand je parle d’anxiété, je ressens bienveillance, gratitude et
fraternité.

Bienveillance, pour tous les patients anxieux que j’aurai
soignés dans ma carrière, et qui toujours m’ont touché et ému. Gratitude, parce
qu’ils m’ont aidé à travailler moi-même, à leurs côtés, sur ma propre anxiété.
Et fraternité, parce qu’ils sont nos frères et sœurs en humanité, juste un peu
plus fragiles que les autres, mais que leurs maux se retrouvent chez chaque
être humain.

Je suis fasciné par le cerveau anxieux, cette extraordinaire
machine à scanner l’environnement à la recherche des problèmes et des soucis
potentiels, cette machine à anticiper sans cesse, à grossir et amplifier les
obstacles. L’anxiété, par certains aspects, ressemble à une allergie :
sauf que là, au lieu d’être allergique aux pollens ou aux noix, on est
allergique à l’incertitude ! Dès que quelque chose n’est pas sûr et
certain, on commence à s’en préoccuper : tout ce qui n’est pas verrouillé,
blindé et garanti à 200% est angoissant ; et donc en gros, la vie toute
entière se transforme en une source d’inquiétudes.

Et puis, ce qu’il y a d’émouvant et d’humain chez les
personnes anxieuses, c’est qu’elles savent parfaitement, le plus souvent, que
leur cerveau en rajoute, qu’il amplifie, qu’il exagère, qu’il les mène par le
bout du nez avec l’anxiété ; elles savent parfaitement quelle attitude
elles auraient intérêt, parfois, à adopter : moins s’en faire...

Mais ne pas s’en faire, pour un anxieux, ce n’est pas
possible ! Il y a toujours un objet de souci ou d’inquiétude quelque part
dans leur vie, ou dans le vaste monde !

Heureusement qu’on peut progresser ! Heureusement
que l’anxiété on peut apprendre peu à peu à l’apprivoiser ! Mais ça ne tombe
pas du ciel comme ça – boum ! – du jour au lendemain, parce qu’on aurait
compris quelque chose, dans notre passé ou notre présent, qui expliquerait
pourquoi nous sommes si anxieux. C’est plutôt une lente rééducation, une
pacification progressive de toutes nos alertes mentales, de notre système
d’alarme existentiel. Les thérapies nous aident, bien sûr, quels que soient
leurs mécanismes : thérapies cognitives ou comportementales, psychanalyse.
Mais aussi la méditation, qui nous aide à pacifier notre corps et notre esprit,
qui nous apprend à accepter ce qui est, sans nous affoler…

Très important la pacification du corps et des
émotions ! De récents travaux ont confirmé que plus l’activité de notre
système nerveux parasympathique (celui qui calme) est accrue, et plus nos
efforts pour prendre du recul, « nous raisonner » comme disent les
non-anxieux, sont efficaces. Calmer le corps pour calmer l’esprit ! C’est
pour ça que la relaxation aide, que le sport et l’activité physique aident, et
que la méditation de pleine conscience aide (même si cette dernière nous
apporte aussi bien d’autres bénéfices que le seul apaisement émotionnel).

Un patient plein d’humour me disait un jour que
finalement, pour lui, c’était plutôt la pleine inconscience dont il rêvait pour
ne plus être inquiet. Pleine inconscience pour ne plus rien voir de ses
problèmes et des souffrances du Monde. Mais la méditation de pleine conscience,
c’est quand même mieux ! Mieux pour continuer de voir les difficultés,
mais pour les voir telles qu’elles sont, et non telles que notre anxiété nous
les fait imaginer.

Au fait, et vous, comment
ça se passe dans votre cerveau ? Un peu
d’allergie à l’incertitude ? Une petite tendance à anticiper et amplifier
les difficultés ?





Illustration : l’anxiété, vue par l’excellent Muzo, dans notre livre sur l’anxiété.

PS : ce texte reprend ma chronique du 3 octobre 2017, dans l’émission de mon ami Ali Rebehi, “Grand bien vous fasse“, tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.