Aube et aurore

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Récemment, j’ai appris que « aube » et aurore », ce n’était pas la même chose.

L’aube, c’est juste avant l’aurore, quand la lumière commence à dissiper les ténèbres et à blanchir la voûte étoilée ; c’est l’annonce du jour qui vient. Victor Hugo écrit ainsi : « L’aube paraissait à peine ; tout était encore baigné du sombre de la nuit ».

L’aurore, c’est juste après l’aube, quand la lumière se fait dorée et que les premiers rayons du soleil apparaissent. Quand je faisais du grec au collège et au lycée, je me souviens que dans l’Iliade et L’Odyssée, Homère parlait très souvent de « l’aurore aux doigts de rose », et nous rappelait que les grecs étaient des matinaux, comme tous les peuples anciens.

Il me semble que notre époque, elle, aime davantage les crépuscules.

Le crépuscule, c’est plus facile à admirer : pas besoin de se lever tôt. Mais je préfère l’aurore. Non qu’elle soit toujours plus belle ; souvent les crépuscules sont plus somptueux, plus puissants, plus immédiats dans leur magnificence.

Mais l’aube et l’aurore sont plus bouleversantes, elles nous parlent mieux de la grande énigme des fins et des commencements. Elles nous parlent mieux de la peur et de l’apaisement, du désespoir et de l’espérance. De la précarité de notre condition : autrefois, lorsque nous étions comme des animaux fragiles égarés dans la nature, lorsque chauffage et électricité n’existaient pas, la nuit était une longue angoisse, et la venue de l’aurore un joyeux soulagement. Il me semble qu’aucun peuple ancien ne célébrait le coucher du soleil, mais que tous fêtaient son lever, et chaque jour renouvelé.

L’aube, promesse du jour, fragile, mais qui annonce une force à venir ; qui nous dit : quoi qu’il advienne, ce jour de plus est une grâce, ne l’oublie pas.

L’aube qui ne promet rien d’accessoire ni de futile – « fera-t-il beau ? est-ce qu’il va m’arriver de bonnes choses ? » – mais juste l’essentiel : « il fera jour, et tu es en vie ».

L’aube qui nous amène, en douceur, vers la confiance et l’émerveillement, et qui nous rappelle que la vie est un miracle, renouvelé chaque matin…

Illustration : une aurore aux mains pleines de roses, par Fragonard.