Ben alors, il est où mon caddy ?!

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Un jour, lors de vacances au ski, je faisais les courses dans le petit supermarché du coin. C’était mon tour de trouver de quoi nourrir 20 personnes. Je commence à remplir mon caddy, puis après deux ou trois achats, je le laisse un moment tout seul, pour me faufiler dans un petit recoin de rayon. Et alors que je reviens, avec du lait ou de l’huile dans les bras, il n’est plus là. Je cherche un peu dans l’allée voisine : disparu !
Mince alors. Quel intérêt à voler un caddy ? Je me dis que j’ai dû le mettre ailleurs ; je recommence à chercher. Et là, je vois mes premiers achats balancés sur des carottes : quelqu’un avait vidé puis embarqué mon caddy. Eh bien ça m’a fait passer un sale quart d’heure. Un peu agacé bien sûr (je m’étais fait piquer une pièce de 1 euro, et je devais retourner sur le parking chercher un autre chariot). Mais surtout attristé : le monde avait changé.
Autour de moi, il y avait désormais, au lieu de braves vacanciers et de paisibles habitants du coin, des coupables potentiels : des malpolis, des malhonnêtes, des sagouins paresseux et inciviques. Enfin, il y en avait au moins un, mais tout était contaminé, bien sûr. J’étais tout troublé par ce micro-délit : des gens qui vont ensuite remplir leur caddy de 100 ou 200 euros de nourriture, mais qui piquent calmement, vite fait bien fait, le chariot de quelqu’un d’autre.
Je n’aime pas être confronté à ça : ça me rend triste, et ça me fait dépenser de l’énergie psychique pour me calmer, relativiser et me dire que ce n’est pas méchant, qu’il y a des choses immensément plus graves, que ça a toujours existé, ces petites incartades, et que les gens qui ont fait ça ont peut-être aussi des gens qui t’aideraient si tu en avais besoin. Bref, tout un boulot pour se pacifier la tête. Pour remonter de l’émotion secondaire (la colère) à l’émotion primaire (la tristesse), puis pacifier celle-ci pour qu’elle devienne psychologiquement digeste et utilisable.
N’empêche, mon chariot, je l’ai eu à l’œil ensuite. Et j’avais le regard d’un policier à chaque fois que je croisais un « suspect » : un sourire un peu large, un regard fuyant ? Est-ce que ça ne serait pas lui qui..?
Moralité de l’histoire (je ne vais pas non plus vous en faire des tonnes sur un caddy) : j’ai eu de la chance, comme souvent. J’ai eu droit à un petit rappel sans gravité de ces deux réalités : 1) les vacheries font partie de la vie ; 2) je suis comme tout le monde, une bêtise peut m’embarquer dans des états d’âme disproportionnés, tout psychiatre que je suis. Allez, au boulot mon vieux, travaille ton recul…