Gloire aux infirmières

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J’avais un jour rédigé ce petit texte à propos des infirmières de notre service, à l’hôpital :

Elles sont fortes, mes infirmières. Je dis « mes » infirmières comme elles disent « nos » médecins : de manière affectueuse, et pour traduire notre proximité, comme on dit « mes » cousins, « mes » parents, « mes » voisins… Elles sont géniales. Il faut les voir rassurer les patients anxieux, consoler les déprimés, ramener doucement à la réalité ceux qui souffrent de schizophrénie. Lorsqu’elles participent à nos thérapies de groupes, leur présence rassure beaucoup les participants, que nous autres psychiatres n’hésitons pas à confronter parfois à des réalités difficiles, par des mises en situations les confrontant à leurs peurs, ou par des explications qui ne leur font pas toujours plaisir. Elles ont donc toutes les raisons d’être fières d’elles. Et pourtant, elles doutent beaucoup. Lorsqu’elles doivent préparer un exposé pour un congrès, elles se demandent si elles n’auront pas le trac. Dès qu’une radio ou une télé projette de les interviewer, elles s’inquiètent de ne pas avoir de choses assez intéressantes à dire. À chaque fois, ça se passe bien, pourtant. Mais elles ne se sentent pas à leur place dès qu’on les met sous les projecteurs. Question de société : la nôtre valorise beaucoup les médecins, et pas assez les infirmières. Elle reconnaît leur importance, mais ce n’est pas la même chose. Elle ne les glorifie pas. Pourquoi n’y a-t-il pas des statues d’infirmières devant les hôpitaux, des noms d’infirmières donnés aux rues ou aux places publiques ? Ce serait bon pour l’estime de soi de nos infirmières. Et surtout, ce serait mérité.

Et voilà quelque temps, je rencontre lors d’une conférence en Belgique une jeune fille infirmière qui avait lu ce texte et l’avait bien aimé, mais qui me précise qu’il y a au moins une exception à mes dires, comme le montrent les photos ci-jointes, qu’elle me remit ce jour-là. Je suis ravi de cette rencontre et de cette correction.

Bon, maintenant je sais que ça existe : mais je continue de penser 1) que le cas de ces deux infirmières belges est à part (puisqu’elles sont célébrées pour faits de guerre, et non pour leur travail ordinaire), 2) que de toutes les façons, il n’y en a tout de même pas assez !

Illustrations : les photos (statue et plaque de rue) offertes par la jeune infirmière belge.