Junk-food, humains et goélands

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Ça se passe sur un front de mer, en
Bretagne. Comme chaque été, les goélands tournent autour des touristes pour
solliciter de la nourriture, ramassent et avalent tout ce qui tombe au sol des
miettes humaines, et fouillent les poubelles pour manger nos déchets
alimentaires. Du coup, je me pose des tas de questions, autant sur les goélands
que sur les humains.

Les goélands, d’abord : je me
demande pourquoi ils s’intéressent à la junk
food
, laissée ou lancée par
les vacanciers ? C’est tellement moins bon pour leur santé que les coquillages,
les poissons ou les algues ! Mais ils sont simplement aussi tentés que les
humains par la facilité ; les humains qui, au lieu de se faire une bonne
soupe, ouvrent un paquet de chips toxiques, en emballage non biodégradable.

Les mammifères sont très faciles à
rendre dépendants à tout ce qui est salé, sucré ou saturé par des additifs
exhausteurs de goût. Des travaux bien connus ont ainsi montré que des rats de
laboratoire à qui on propose, à côté de la nourriture qu’ils aiment
habituellement (graines et fruits) de la nourriture dite de
« cafétéria » (croissants, chips, etc.) vont très rapidement ne plus
se nourrir que de cette dernière, et devenir obèses et diabétiques. Comme nous. 

Les rats, et les goélands, seraient donc aussi sots et paresseux que
nous ? Disons plutôt : aussi désorientés par la facilité, aussi
faciles à manipuler par l’environnement !

Ce que nous montrent ce genre de
scènes (les goélands à touristes) ou d’études scientifiques (les rats de
cafétéria) c’est qu’une espèce animale ne peut plus se fier à son instinct (« qu’est-ce
qui est bon pour moi ? ») dans des environnements artificiels et
pollués. Notre instinct ne nous parle et ne nous sauve que dans un
environnement naturel. 

Mais lorsque ce n’est plus nous qui cherchons et
préparons notre nourriture, lorsque nous achetons de la nourriture préparée par
d’autres, lorsque ces autres ne sont pas bienveillants mais avides d’argent, et
lorsque dans ce qu’ils nous vendent, ce n’est plus le cas. 

Tout est alors pensé et calculé pour nous
manipuler (ajouter de manière dissimulée le plus possible de sucres, de sel, et
d’exhausteurs de goût, pour que nous mangions au-delà de nos besoins), alors
nous sommes en danger, alors nous allons faire n’importe quoi avec notre
alimentation, parce que nous sommes devenus aveugles à ce qui est bon pour
nous.

Cette facilité de notre environnement
commercial à manipuler intelligemment (diaboliquement) nos instincts et nos
faiblesses est évidemment inquiétante. C’est pourquoi nous avons à nous montrer
très vigilants. En ce qui nous concerne, nous, les humains. Mais aussi en ce
qui concerne les animaux, dont nous sommes désormais responsables, en tant
qu’espèce colonisatrice de tous les espaces naturels de cette planète.

Ne remplissons plus nos assiettes de
junk-food : je ne parle pas seulement de la nourriture de cafétéria et de
fast-food, mais aussi la nourriture toute faite, préparée par l’industrie
agro-alimentaire pour enrichir bestialement ses actionnaires ! Ne
nourrissons pas non plus les animaux sauvages avec cette bouffe toxique. Ni
avec aucune autre, d’ailleurs. 

Donner à manger aux goélands (ou aux écureuils,
etc) c’est de l’égoïsme à l’état pur (pour faire plaisir à notre égo ou pour
amuser nos enfants) et c’est une violence aussi grande que les frapper ou les
agresser physiquement.

Admirons-les, écoutons-les,
observons-les, mais foutons-leur la paix : ne nous mêlons pas de leur
nourriture, et occupons-nous plutôt de ce qu’il y a dans nos propres
assiettes !



Illustration : Ce n’est pourtant pas si compliqué de cohabiter… (Jan Brueghel de Velours et Petrus Paulus Rubens, Le Jardin d’Eden et le Péché originel, vers 1615, huile sur bois, 743 x 1114 cm, Mauritshuis, La Haye)



PS : cet article a été initialement publié dans Kaizen durant l’été 2018.