La crampe

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Ça m’est arrivé en méditant, un matin alors que je traversais une période un peu compliquée, rien de méchant, que de la petite adversité ordinaire, mais de la fatigue et du stress.
Je m’installe sur mon banc, et en dix secondes, crampe sous le pied gauche. Fulgurante. Première réaction : bouger pour me soulager, rouvrir les yeux, changer de position ; ou même arrêter ma séance, après tout, j’ai plein d’autres trucs à faire, ce n’est pas le jour pour en plus en baver…
Heureusement, mes patients me sauvent : on en a parlé la veille sur le groupe, de ces histoires. Je m’efforce alors de considérer la pensée « bouge, et puis même, arrête et va bosser » et de voir que ce n’est qu’une pensée, pas une nécessité. Je m’efforce de l’accueillir, et de la prendre avec recul, comme un phénomène produit par mon esprit. Je fais le choix de ne pas mordre à l’hameçon, et de ne pas bouger comme un toutou obéissant à mes automatismes (“tu ressent un truc pénible ? écarte-toi !”).
Alors je décide, avant de bouger (l’envie est très forte) de prendre le temps d’examiner la douleur de la crampe. Elle est où, exactement ? Elle est stable ou variable ? Elle me pousse à faire quoi ? Et évidemment, en une minute, elle a disparu. Dissoute. J’ai beau savoir que ça existe, je suis un peu étonné, presque émerveillé, que ça ait marché, là, ici et maintenant. L’incroyable différence de nature entre savoir et expérimenter. Deux univers bien plus éloignés qu’il n’y paraît…
D’accord, ça ne marche pas tout le temps. Parfois, il faut vraiment réajuster sa position. Ou arrêter sa séance. Si les tourments sont trop puissants. Méditer ce n’est pas du masochisme.
Mais quand on peut traverser une souffrance rien qu’en acceptant qu’elle soit là, sans réagir par de l’agitation mais juste par de la conscience, c’est toujours tellement réconfortant, cette rencontre entre la théorie, les intentions, le discours, et la réalité. Même pour un professionnel ; on ne se lasse jamais de découvrir et redécouvrir le réel !
On se sent en règle, en sécurité et en cohérence : ça marche, je le sais, je l’ai fait…