La jeune fille et le Grand Morgon

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Ce titre ressemble à celui d’un conte de fées, ou à celui d’un quatuor à cordes de Schubert. C’est un peu ça. C’est une histoire de naissance d’un sens. Le sens de la beauté de la nature.
Ça se passe cet été, lors de vacances dans les Alpes. Nous faisons une petite randonnée avec des cousins. Louise, la plus sportive de mes filles, nous accompagne avec deux copines. Après la marche d’approche dans la forêt, nous arrivons dans un vaste cirque naturel, avant la montée vers le sommet (le Grand Morgon) un de ces endroits d’une beauté magique.
Je sens Louise touchée par l’endroit, et il me semble que c’est la première fois qu’elle me dit spontanément, sans que ça vienne au préalable de moi : « Papa, c’est incroyable ce que c’est beau ! C’est tellement beau qu’on se croirait dans un film, dans Le seigneur des anneaux, ou Narnia ! »
Puis, une fois ce moment d’émerveillement esthétique exprimé par des mots, elle se met à gambader, à faire la folle, suivie par ses copines, la troupe poussant des cris aigus, comme de petits chevaux sur la prairie alpestre. Autre façon, plus physique, de dire que c’est beau.
Ça se corsera ensuite à la montée vers le sommet, un peu raide et longue, qui s’accompagnera de récriminations, mais ce n’est pas grave.
J’ai assisté à une naissance, une naissance d’un sens : le sens du beau. En tout cas, de la capacité à s’en émouvoir et à le dire. Belle journée…

Illustration : ce n’est pas le Grand Morgon, mais un coin de Pyrénées, photographié par mon ami Frédéric Richet.