Le partage des tâches ménagères

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Il y a très très longtemps, en l’an 1994 du siècle dernier, une grande enquête avait été conduite à propos
de la vie de famille telle que représentée dans les livres pour enfants en France. Ce
n’était pas brillant !

Les couvertures et les titres des albums impliquaient dans 3/4 des
cas un personnage masculin contre 1/4 seulement un personnage féminin. Les hommes
étaient montrés deux fois plus souvent au travail que les femmes. Les pères et
les mères s’occupaient deux fois plus de leur fils que de leur fille. 

Et la
situation était encore plus nette dans les histoires, prisées par les
tout-petits, mettant en scène des animaux humanisés : c’est là que les clichés
sexistes étaient les plus fréquents, les familles Ours ou Lapin s’avérant nettement
plus traditionalistes que les familles humaines : Papa ours toujours dans
son fauteuil devant la télé, et Maman ours à la vaisselle ou aux fourneaux. Comme
dans la blague stupide : « Ma chérie, les tâches sont tellement bien
réparties entre nous : tu détestes le foot alors c’est moi qui le
regarde ; je n’aime pas la vaisselle, alors c’est toi qui la fait… » Ah,
ces ours…

Mais tout de même, à l’époque, ça m’avait sacrément ouvert
les yeux, cette étude. Peu après, je devenais père de trois filles, et du coup
je me sentais très concerné par cette question du partage des tâches, comme
dans la chanson de Trénet : Papa pique et Maman coud

C’est
beau, hein ? Papa pique et Maman coud ; et puis après avoir piqué et cousu on imagine que Papa et
Maman vont ensuite aller, ensemble, faire les courses et cuisiner, dans une
parfait égalité des tâches.

Mais hélas,
les choses n’ont pas évolué aussi vite que je l’imaginais : 25 ans après
l’étude de 1994 dont je vous parlais, une recherche récente, conduite entre 2008
et 2015, montrait que peu de choses avaient bougé, par exemple dans les livres
scolaires. Quelques chiffres :

      
dans les manuels de CP, sur plus de 13.000 personnages présents
dans les ouvrages  épluchés par les deux
auteures du rapport, seulement 1/3 de femmes ;

      
parmi les personnages exerçant des métiers scientifiques, 96,6% d’hommes ;

      
2 fois plus de de sportifs
que de sportives, 2 fois plus de rois que de reines ;  

      
par contre, 97,7% de sorcières
pour 2,3% de sorciers ;

      
la majorité des filles jouent dedans et les garçons dehors, etc.

En matière d’éducation au changement, nous avons encore des
progrès à faire…

Enfin… L’autre dimanche, je réfléchissais à ça en sortant les poubelles sous la pluie,
après avoir débouché un siphon, être grimpé sur le toit pour enlever les
feuilles mortes des gouttières, mis à jour tout un tas de paperasse
administrative, et fait le marché, puis la cuisine…

 Je n’avais pas du tout
l’impression d’être Papa ours. Et je me disais : « allez, c’est
peut-être bon signe, que tu aies envie de te plaindre ! Ça veut
peut-être dire que le partage des tâches est en route dans ta famille… » (en
vrai, j’avais aussi une autre hypothèse : « Ça veut peut-être dire aussi
que tu es une bonne poire et que tu en fais trop » ; hum, j’espère
que ma femme ne va pas lire ce papier…).

Et vous, vous
êtes attentives ou attentifs à ces histoires de partage des tâches entre hommes et femmes ?

Illustration : Papa n’a pas le temps, de Philippe Corentin.


PS : ce texte reprend ma chronique du 2 janvier 2018, dans l’émission de mon ami Ali Rebehi, “Grand bien vous fasse“, tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.