Mauvais roi

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Lorsqu’on est parent de plusieurs enfants, on a parfois à rendre la justice (comme Saint-Louis le faisait sous son chêne, à Vincennes).
Un jour, deux de mes filles se disputent à propos d’un prêt de livre (« elle ne veut pas me le passer, alors qu’elle n’est même pas en train de le lire ! »).
N’ayant pas assisté à l’échange, je tente d’arbitrer le conflit, en conciliant justice et retour au calme. Puis je rends mon jugement.
Grosse colère alors d’une de mes filles, Louise, qui s’estime lésée. Dans une dernière tentative d’argumentation, elle pointe vers moi un index vengeur, me disant : « C’est injuste ! Tu sais quoi ? Tu aurais fait un très mauvais roi ! »
Elle étudie à l’école l’Ancien Régime et la Révolution Française, et je comprends que la guillotine n’est pas loin. Mais ça marche : embarrassé (ou flatté ?) par la royale comparaison, je la rejoins dans sa chambre, où elle s’est retirée, courroucée. Je lui explique la complexité de ma position d’arbitre, m’excuse pour le sentiment d’injustice que je lui ai infligé, et lui rappelle qu’il fallait bien que je tranche, etc. Grâce à ce dialogue, sa colère retombe, elle rit de mes états d’âme de roi (« tu comprends, je savais que j’allais faire une mécontente, mais je ne pouvais pas vous laisser vous disputer jusqu’à la bagarre : il faut que l’ordre règne dans le Royaume… »). Et moi je suis trop content de cette sortie de crise du côté de l’Histoire plutôt que de la bouderie.