Méditation à trois voix

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Il y a quelques jours, j’étais invité à Poitiers par Patrice Gourrier, prêtre et méditant chrétien, pour une soirée consacrée à la méditation, en compagnie de Gelongma Davina, nonne bouddhiste. Cela se passait dans la belle église Saint-Porchaire.

Chacun de nous parla de sa pratique.

Puis nous proposâmes en fin de soirée une méditation à trois voix improvisée (nous en avions parlé juste avant la rencontre).

J’avais la partie la plus facile, en commençant : nous amener tous à prendre conscience de notre présence ici et maintenant, au travers de notre corps et du discret bain sonore tout autour de nous, avec douceur et sans autre attente qu’ouvrir notre conscience à la vie palpitant en nous et autour de nous.

Dans la foulée, Patrice Gourrier nous fit travailler sur le souffle, à sa manière de prêtre chrétien : prendre conscience de notre souffle, et à travers lui de la présence du divin en nous. La Bible nous rappelle que Dieu nous a créés en « insufflant une haleine de vie » dans un bloc informe de glaise du sol. Et même pour les non-croyants ou les croyants d’autres traditions, la présence du souffle en nous est le témoignage du miracle de la vie, de notre vie, de la présence du principe de vie en nous.

Puis Gelongma Davina conclut cette séquence méditative d’un genre nouveau par une méditation de compassion et d’ouverture du cœur, dans la tradition bouddhiste.

Nous avions parlé environ 5 minutes chacun, donc la méditation ne dépassait pas au total un petit quart d’heure. Mais il s’était passé un truc incroyable pendant ces instants, comme si le souffle de l’esprit et de l’amour avait traversé l’étrange et vaste double nef de l’église Saint-Porchaire, tel un bel oiseau tranquille, apparaissant puis disparaissant, sans être vu de personne mais en étant perçu de tous, effleurant le crâne de la plupart des 800 humains méditant ensemble dans cet espace sacré.

J’ai beau avoir un peu l’habitude de ces instants, je n’arrive toujours pas à m’y faire : comment la réunion de personnes en train de méditer côte-à-côte (c’est-à-dire, vu de l’extérieur, en train de ne rien faire, assises et les yeux fermés) peut-elle dégager une telle force ? Et cette force est-elle émise ou reçue ? Émane-t-elle d’elles, ou représente-t-elle une sorte de connexion à un principe, un courant, une noosphère ou une divinité ? Ou bien tout cela n’est-il qu’une douce illusion, une projection de nos attentes, une lecture subjective d’un moment de douceur et de calme intense et inhabituel ?

Comme on dit volontiers quand on ne sait plus quoi penser : ce sont des questions tellement profondes qu’il vaut mieux les laisser sans réponse…

PS : quelques informations sur la rencontre sont disponibles sur le site père & moniale.

Illustration : l’image est belle, mais ces trois anges de Memling, qui chantent au musée d’Anvers, n’ont bien sûr rien à voir avec les 3 orateurs de l’autre soir. Ou peut-être est-ce eux qui conduisaient la méditation en chuchotant à nos oreilles…