Menu plaisir

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L’autre jour à la gare de Bordeaux, en revenant d’une rencontre en librairie. Je m’achète un sandwich pour le voyage. C’est mon jour de chance, le serveur (Carlos, c’est écrit sur le ticket de caisse) m’annonce qu’il y a une promotion sur le couple sandwich et boisson : seulement 5,50 euros, et ça s’appelle « Le menu plaisir ».
D’abord ça m’amuse, ce petit jeu de mots. Puis ça me laisse perplexe (sans doute la fatigue de la journée) : ce n’ est pas que les aliments soient mauvais, mais de là à parler de plaisir, même «menu»…
Cette dévaluation de la portée des mots, liée à leur usage abusif, que nous ne relevons même plus, tant nous sommes habitués, est-ce que ce n’est pas un problème, tout de même ? Cette sale habitude de la pub et du marketing de promettre et compromettre à tout bout de champ les termes de plaisir, bonheur, sérénité…
Je me dis alors : « – Mais toi aussi, tu fais pareil dans tes livres, tu parles de ces sujets ! – Oui, mais, me réponds-je, moi je passe 400 ou 500 pages à expliquer le pourquoi du comment. Je fais appel à ces mots de manière réfléchie. – D’accord, mais quand même ! – Pfff, rien à voir… »
Trop fatigué pour continuer ce dialogue intérieur, j’avale le Menu plaisir, et je regarde le paysage qui commence à défiler par la fenêtre du TGV : le refuge de l’instant présent…