Notre inépuisable besoin de bienveillance

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Attention, attention : ceci est une chronique sur la bienveillance envers soi-même ! Je préviens, parce que sais que la bienveillance, il y a plein de gens que ça énerve. Je m’en fiche, c’est trop important pour ne pas en parler. Alors, si vous en avez marre de la psychologie positive, faites-vous du bien : changez de page, allez lire des choses plus méchantes, ça ne manque pas sur le Web…

Comment définir la bienveillance ? On pourrait dire que c’est essayer à chaque fois que possible d’adopter un regard, un discours ou une manière d’être qui font du bien aux autres : se montrer gentil et compréhensif, faire preuve d’écoute et de douceur, s’attacher à voir les bons côtés des gens plutôt que les mauvais, etc.

Pourquoi se montrer bienveillant ? « Marre de la dictature du bonheur, de la moraline et des bons sentiments ! » crient souvent les grincheuses et les grincheux.

Eh bien moi, je n’en ai pas marre de la bienveillance, jamais : quand je vois combien la vie n’est pas facile, quand je vois toutes les adversités, les souffrances et les maladies que chaque humain doit affronter, je sais que la bienveillance a encore de beaux jours devant elle, car elle est un besoin universel. 

Qui se réveille le matin en se disant « pourvu qu’on soit malveillant et méchant avec moi aujourd‘hui » ? Nos attentes, c’est plutôt d’espérer rencontrer des gens sympathiques et bienveillants. Nos attentes, c’est recevoir de l’amour plutôt que de la haine, de l’attention plutôt que de l’inattention, de la bienveillance plutôt que de l’indifférence.. Surtout quand on est seul, fragile, amoindri, malade…

Car quiconque a fait l’expérience de la maladie grave sait qu’il est fou de critiquer la bienveillance et la gentillesse : car en recevoir de la part de ses proches, des soignants, des inconnus que l’on croise, devient alors indispensable. La bienveillance ne nous guérit peut-être pas, à elle toute seule, mais elle rend l’expérience de la maladie moins destructrice et moins démoralisante.

Ça, c’est la bienveillance que les autres nous offrent, mais il y a aussi celle que nous nous devons à nous-même, celle que nous devons à notre corps, même malade, même défaillant, même décevant.

Souvent, lorsqu’on est malade, on ressent de l’agacement, de la colère contre soi, contre ce corps qui nous trahit, nous handicape, nous empêche d’agir, nous fait mal. Mais ces émotions négatives aggravent encore la situation, et amplifient la douleur. 

D’où des travaux de recherche sur les bienfaits de la bienveillance envers soi et son corps : accepter la souffrance, chercher à se faire du bien plutôt que des reproches, lâcher prise par rapport à tout ce que la maladie nous empêche de faire, et tourner au contraire son énergie vers la douceur et l’espérance du soulagement, ou de la guérison. 

Ce qu’on ferait en gros pour un proche ou un enfant, à qui on dirait : « ce n’est pas drôle d’être malade, mais c’est encore moins drôle d’être en colère contre la maladie, ou anxieux, ou désespéré ; ne t’en veux pas, prends soin de toi, accepte la maladie, accepte le repos, accepte les soins, et une part de tes souffrances reculera… »

C’est compliqué d’être malade dans nos modes de vie contemporains, où toutes nos activités sont planifiées, enchaînées, organisées, dans nos sociétés où il n’y a plus de place pour l’imprévu, et où la maladie est considérée comme une anomalie, parfois même comme un échec… 

La maladie, comme toute souffrance, est une malchance ; et, sauf pour les très grands veinards, elle est inévitable dans toute vie humaine. Alors autant ne pas s’infliger une double peine : à la peine de la maladie, ajouter la peine de la colère ou du désespoir, et celle du ressentiment contre soi.



Illustration : un petit être humain qui a besoin de bienveillance.



PS : ce texte reprend ma chronique du 19 novembre 2019 sur France Inter, dans l’émission d’Ali Rebeihi, Grand Bien vous Fasse.