Pédagogie policière

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À une époque, pour gagner un peu de temps en allant à Sainte-Anne, j’empruntais 10 mètres de trottoir dans une rue en sens interdit, pour éviter de faire le détour d’un gros pâté d’immeubles, avec deux feux rouges. Bien sûr je prenais garde de n’écraser ni n’effrayer personne, bien sûr, il ne passait jamais beaucoup de piétons. Mais les scooters sur les trottoirs, c’est interdit et c’est logique.
Le problème, c’est que juste à côté du service où je travaille, il y a l’Infirmerie Spéciale de la Police. Avec par définition, beaucoup de policiers qui vont et viennent….
Et ce jour-là, je n’avais pas fait attention, mais une voiture banalisée descendait la rue que je remontais (doucement) sur le trottoir. Deux policiers s’arrêtent, me font signe, et descendent. Ils me demandent papiers et explications. Un peu piteux, j’explique que je suis médecin dans le service, là, justement, et que ce matin, je suis en retard, alors je me suis permis de faire ça, exceptionnellement, que je sais que c’est interdit, mais que je suis désolé, etc. Pas du tout envie de payer une amende pour 10 mètres de trottoir remontés à 5 à l’heure ! Le policier m’écoute poliment, avec un petit sourire (il doit en avoir attrapé des paquets comme moi !). Quand j’ai fini de parler, il me dit simplement, en me rendant mes papiers : « C’est bon, allez-y. Mais vous devriez plutôt être un exemple, en tant que médecin… » Et il me salue d’un « Au revoir, docteur ! »
États d’âme de culpabilité et de soulagement mêlés ; de reconnaissance aussi. Mélange très efficace pour moi : depuis, je n’ai jamais repris ce trottoir. Et je ne suis pas sûr qu’une amende ou des remontrances trop lourdes auraient aussi bien marché : du coup, je me serais rebiffé…
Je suppose que c’est ce qu’on appelle de la prévention : ça existe et ça marche. Chapeau à ce policier anonyme ; ou plutôt, casquette !