Pourquoi tant de peurs ?

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L’autre jour, je me demandais quelles
étaient les dernières fois où j’avais vraiment ressenti de la
peur ?

Pas de l’anxiété, qui est la forme de peur associée à un
danger possible ou approchant, non, de la peur, la peeeeeeur !… la
vraie, celle qui déboule violemment dans notre corps et notre esprit lorsque le
danger est là, le danger pour de vrai, et pas seulement comme une
virtualité ! Ce n’est pas si fréquent que ça dans nos vies, la vraie peur.

Pour moi, je me souviens, j’ai senti sa morsure lors d’un
accident de rafting, quand notre embarcation s’était renversée et que nous étions
tous passés à deux doigts de la noyade, coincés dans l’eau glacée entre courant
violent et énormes rochers ; je l’ai sentie aussi lors d’un vol agité en parapente
où tout mon corps se raidissait de frayeur à chaque fois que je regardais en
dessous de moi (ma prof de parapente d’alors est morte dans un accident 2 ans
après) ; ou encore lors d’une bagarre de rue imprévue avec des inconnus
louches et équipés comme il fallait pour me tuer… Mais à part ça, pas
grand-chose, finalement.

Ressentir la vraie, la grande peur, face à un risque mortel,
ce n’est pas si fréquent, donc, et tant mieux. En tout cas, ce n’est pas
fréquent pour nous autres, occidentaux du XXIe siècle, ayant la chance immense
de vivre dans un pays démocratique en paix. Par contre, les anxiétés et les
inquiétudes, toutes ces petites peurs du quotidien, j’en ai chaque jour, et plusieurs
fois par jour même. Mais je ne suis pas seul dans ce cas, et j’ai
l’impression qu’un paquet d’humains sont comme moi, même les plus souriants et
détendus en apparence, de véritables sacs à peurs

C’est vrai que
si on utilise le mot peur pour désigner toutes nos inquiétudes, alors on a tout
le temps de quoi avoir peur :peur de ne pas s’endormir, peur de ne
pas se réveiller à l’heure, peur de tomber malade, peur de REtomber malade,
peur de décevoir, peur de faire du mal sans le vouloir, peur d’échouer, peur de
ne pas y arriver, peur de vexer ceux qui n’y arrivent pas si nous on y arrive,
peur de ne pas être assez généreux, peur de se faire bouffer par les autres…

Nous avons peur
parce que la vie n’est pas facile, parce que nous y rencontrons beaucoup
d’adversités, grandes et petites, mais surtout parce que la vie est incertaine
et imprévisible, et que chaque jour nous apporte sa dose de la plus grande des
nourritures de la peur : l’incertitude.

L’incertitude
(que va-t-il se passer ? est-ce que je vais rater mon train ? avoir
mes examens ? survivre à cette opération ?) est le plus grand
carburant de l’anxiété. D’ailleurs, une des maladies anxieuses les plus
fréquentes, qu’on appelle l’anxiété généralisée, c’est à dire la capacité à se
faire du souci pour tout, est en fait, tout simplement, une allergie à
l’incertitude : dès qu’on n’est pas sûr de quelque chose, on angoisse…

Et du coup, à
mes yeux, le vrai mystère ce n’est pas « pourquoi les humains sont-ils si
anxieux ? », mais plutôt « comment font-ils pour vivre avec
toutes ces raisons d’être inquiets et d’avoir peur ? »

Car, étonnamment,
nous y survivons plutôt bien, à nos peurs : elles nous meurtrissent régulièrement,
elles nous prennent la tête le temps d’une crise d’angoisse ou d’une nuit
d’insomnie, puis nous passons à autre chose, nous nous remettons à rire, à
agir, à vivre.

C’est pour ça
que j’adore l’espèce humaine. Nous sommes les seuls, parmi tous les
représentants du monde animal, à clairement savoir que nous allons mourir un
jour, que nos proches peuvent disparaître d’un moment à l’autre avant que nous
n’ayons pu les revoir, que l’adversité peut nous frapper à tout moment, quand
elle le voudra. Et pourtant nous rions, nous créons, nous passons l’essentiel
de notre temps à penser à autre chose, et à faire comme si tout cela n’existait
pas. Nous arrivons à vivre heureux…Trop fort, les humains !

Et au fait, vous, c’est
quoi votre plus grande peur ?



Illustration : “Au secours, les parents, y a un truc bizarre qui fait du bruit sous mon lit !”



PS : ce texte reprend ma chronique du 13 mars 2018, dans l’émission de mon ami Ali Rebehi, “Grand bien vous fasse“, tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.