Prendre sa retraite

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Je pensais l’autre jour à notre
président de la République, Emmanuel Macron : si par hasard il n’est pas réélu, il sera à la retraite
à 45 ans. Et je me suis dit que s’il se met alors à faire du bénévolat, comme
beaucoup de retraités, avec la même énergie que celle avec laquelle il conduit sa carrière professionnelle et politique, ça va dépoter dans les associations dont il sera membre ! 

Puis j’ai songé à ma propre
retraite…

Eh oui, ça approche, l’air de rien ! Mais cette perspective
me met plutôt en joie. Comme beaucoup de personnes, je vois dans la retraite
une sorte de Terre Promise, où me sera offert ce qui me manque le plus :
du temps pour faire ce que j’aime ! 

Lire tous les livres que j’ai achetés
et accumulés, sans avoir un moment pour les savourer ; aller rendre visite
à tous mes vieux copains aux 4 coins de France, et passer du temps avec
eux ; traîner, peut-être m’ennuyer un peu, ne plus être réveillé le matin
avec dans ma tête la liste de toutes les choses à faire dans la journée ; et puis,
avoir le temps de la non-action, le temps de la présence au monde sans
pressions ni attentes ni objectifs.

Bref, j’ai une vision joyeuse et positive de la retraite.
Tant mieux d’ailleurs, car toutes les études montrent que cette vision prédit souvent
que les choses vont bien se passer, et que les personnes qui ont un regard
négatif sur le fait de vieillir, vieillissent en général moins bien.

Mais bien sûr, cette perspective de bonheur à venir est
teintée d’un filet de nostalgie, car tout de même, quand on achète sa première
carte Senior à la SNCF pour bénéficier des tarifs 3ème âge, ce n’est
pas denos jeunes années qu’on se rapproche.



Mais finalement, nos plus belles émotions sont ainsi
constituées : beaucoup de positif et un filet de négatif, qui en rehausse
la saveur, comme les épices dans la cuisine. Ainsi, ce bonheur de la plupart
des retraités, et qui est attesté par les études, est un bonheur complexe,
subtil, avec un petit arrière plan nostalgique et mélancolique, un peu
douloureux parfois, qui en fait toute la beauté et la profondeur.

Et
puis, il y a aussi dans mon cas une obsession personnelle ancienne.

Il
me tarde d’être à la retraite parce que je vais peut-être lever le voile sur
une énigme qui me fascine depuis de nombreuses années : pourquoi tant de
retraités s’obstinent-ils (ou elles) à venir faire la queue à la Poste, ou au
marché, ou dans les magasins, le samedi matin ou en semaine après 18h ? Allongeant
ainsi les files d’attente, faisant s’agacer les actifs derrière eux, qui se
disent : « mais ils ne pourraient pas faire leurs courses et leurs
démarches administratives en semaine, ou dans la journée, pendant que nous on
est au boulot
 ? »

Une
fois retraité, je vais enfin – enfin ! – savoir pourquoi ! Pourquoi quand
on est retraité, on s’obstine à emboliser les files d’attente aux moments où
elles sont les plus longues !
Ça m’ennuierait beaucoup de mourir avant d’avoir
compris cela, de l’intérieur…

Et vous, vous en pensez quoi de la retraite ?


Illustration : retraité actif (Picasso dans son atelier, en 1955, à l’âge de 74 ans).


PS : ce texte reprend ma chronique du 27 juin 2017, dans l’émission de mon ami Ali Rebehi, “Grand bien vous fasse”, tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.