Remontrances et cohérence

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J’ai reçu la semaine dernière ce petit mot sur ma page Facebook :

« Bizarre… Je voulais simplement vous remercier et/ou vous féliciter pour votre livre Méditer jour après jour. 
Mais en parcourant tout ceci, après avoir parcouru votre blog, je n’ai pu que penser à une grosse machine à sous… 
Bien sûr, il est totalement légitime que vous gagniez votre vie, et même que vous la gagniez bien. Mais au vu du brouhaha de publicités sur vos apparitions et autres interventions, j’avoue avoir des doutes… Vous parlez de calme et de sérénité ??? Je ne vois ici qu’une vitrine. 
Je m’enfuis donc, vite! En essayant de garder en moi l’essentiel : ce qui me fera du bien, je l’espère, dans vos écrits, et en tentant d’oublier ce que j’ai vu ici.
 Prenez soin de vous et des vôtres avant tout… »

Petit sursaut émotionnel sur le moment : jamais agréable de se faire critiquer.

Puis tout de suite : « elle a raison ».

Elle a raison et je le sens depuis cette rentrée. Tous ces entretiens dans la presse et à la radio, toute cette (relative) agitation autour de mon dernier livre, je les ressens comme à contre-courant de ce que j’aime en vrai : calme, lenteur, continuité. Et à contre-courant du message de mes livres : “décrochez des écrans, de l’info, savourez votre vie à l’écart du tumulte”. Même si tout ça m’amuse, je l’avoue, même si ça m’excite un peu, même si, sans doute, ça me flatte et surtout ça me rassure. Elle a raison. Ce que ma promo m’amène à faire n’est pas vraiment cohérent par rapport à mes messages principaux. Petit coup de spleen…

Puis des arguments m’arrivent, pour me justifier (jamais agréable non plus de se sentir en défaut sur ses valeurs) : c’est la règle pour les auteurs qui publient un livre, il y a une période de lancement, durant laquelle on se prête au jeu de la promotion ; quand on écrit, c’est pour être lu. Le reste du temps, ma page Facebook et mon blog sont beaucoup plus calmes (parfois trop, me reprochent certains !). Parce que ma vie est alors plus calme : j’écris, je soigne mes patients, je médite, je marche, je savoure la présence de mes proches et de mes amis, je vis.

Je m’assieds et je respire un long moment avec tout ça dans la tête et dans le corps. Au bout d’un moment, je reviens à ma réflexion, et là, les choses m’apparaissent alors plus claires, je me sens soulagé, à peu près retombé sur mes pieds : OK, j’en fais peut-être un peu trop en ce moment. Mais c’est bientôt la fin (enfin, j’espère), ça va se calmer. Je vais revenir à un rythme de vie que j’aime, plus lent et moins visible.

Mais tout ça m’a fait réfléchir à mes besoins en tant qu’auteur qui s’expose sur le Net.

Je comprends que cette exposition, outre qu’elle m’aide à faire connaître mon travail, m’apporte beaucoup d’encouragements et de chaleur (merci à tous les internautes qui me disent des choses gentilles) et que cela me motive à continuer.

Et de temps en temps, la même exposition sur le Net m’apporte des critiques : certaines ne me touchent guère, ou pas longtemps (les haineuses et les anonymes). Mais lorsqu’elles sont formulées comme celle de Geneviève, citée en début de billet (c’est à dire lorsqu’elles sont mesurées, argumentés, bienveillantes et signées) elles m’aident beaucoup aussi, pour progresser, me nuancer, m’améliorer. Cela m’ouvre les yeux : “mon vieux, écoute-la et essaye de ne pas devenir un gros auteur tapageur…” Et cela me fait penser à la correction fraternelle des catholiques (je suppose que la même démarche existe dans toutes les traditions) : critiquer un frère ou une soeur humains que l’on voit commettre une erreur.

Merci mes internautes ! Vous m’apportez beaucoup plus que vous ne l’imaginez.

Illustration, version 1 : c’est beau la vie, même avec des vagues et des nuages…

Illustration, version 2 : “cool, Geneviève, ça va passer, c’est pas méchant, l’essentiel reste là, sous les vagues et le vent…”