Salon du Livre

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Samedi dernier, j’étais en “séance de dédicaces” au Salon du Livre de Paris.
J’aime beaucoup ces séances. Je sais bien que cela pèse à certains auteurs, mais c’est tellement agréable de rencontrer ses lecteurs, de bavarder un peu avec eux ! Et tellement plus simple que d’écrire le livre lui-même. C’est un peu comme recevoir les compliments de ses amis à table lorsqu’on a réussi un bon plat pour eux.
Ces dédicaces sont l’occasion de découvrir qui nous lit. Et comment. Cette dame qui me dit avoir lu Les états d’âme en une nuit, tellement elle était emballée. Cet ancien patient, soigné il y a plusieurs années à Sainte-Anne, qui vient me raconter que tout va bien pour lui. Ce couple, dont l’épouse a lu tous mes livres, et dont le mari me dit en rigolant qu’il déteste la psychologie, mais que ça fait du bien à sa femme, alors il lui offre tous mes bouquins.
Toutes ces mini-rencontres (on ne peut pas bavarder trop longtemps, il y a d’autres lecteurs qui attendent) pourraient ressembler à du “speed-meeting” superficiel. Mais en fait, non, il se passe presque toujours un petit quelque chose de touchant. Cette année, c’est cette dame au beau visage, qui s’approche de ma table en boitant fortement (elle souffre d’une maladie de Little) et me raconte comment elle vit au quotidien les entraves que son corps lui impose. Comment elle s’en sort psychologiquement. Comment elle regrette tout de même un peu de ne pas pouvoir faire de vélo. Je me sens tout petit, tout inférieur à elle, et à sa force morale. J’ai un peu honte que ce soit elle qui me demande, à moi, une signature. L’inverse serait plus logique. Mais ça me réjouit de pouvoir l’admirer. Je l’observe repartir en se déhanchant, vers d’autres livres et d’autres auteurs, avec mon stylo en l’air et mes états d’âme tout mélangés de joie et de peine.
Et puis ces signatures nous permettent aussi des rappels à l’ordre de la réalité : ce monsieur à l’oeil énervé qui vient me remonter les bretelles : “dans tous vos livres, vous avez recopié et pompé mot pour mot le programme des Alcooliques Anonymes !”. Ou cette lectrice dont je ne comprends pas un traître mot de ce qu’elle me marmonne, mi-compliments mi-reproches : alors je hoche la tête en souriant, et ça lui va tout à fait. Car elle n’est pas venue chercher des réponses, juste me dire ses trucs.
Vivement ma prochaine séance de dédicace, et une nouvelle dose de ces bouffées intensives d’humanité !