Un rêve

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Cette semaine, j’ai vu mon père, mort il y a 10 ans, revenir chez nous, dans la cuisine.

C’était en rêve, mais un de ces rêves au goût fou de réel. J’étais en train de préparer le déjeuner du dimanche, il devait y avoir aussi ma femme et mes filles qui allaient et venaient, quand tout à coup, je vois mon père entrer dans la pièce. L’air normal, enfin je veux dire l’air vivant, pas du tout zombi ; mais silencieux. Et puis aussi, pas content, avec le visage sévère et contrarié qu’il prenait autrefois, quand quelque chose n’allait pas.

Évidemment, ça a créé une drôle d’ambiance dans la cuisine. Il s’est mis dans un coin, debout, genre « faites comme si je n’étais pas là », avec son air mécontent, et toujours en silence. Du coup, personne n’osait lui parler ni aller vers lui. J’ai commencé à me demander dans mon rêve ce qu’il pouvait avoir à nous reprocher. Est-ce que nous n’avions pas assez pensé à lui depuis sa mort, pas assez prié pour lui ?

Là, ça chauffait trop, alors je me suis réveillé, mais j’ai continué de m’interroger : est-ce que j’avais mal fait quelque chose pour qu’il revienne ainsi du passé, avec ce visage contrarié ? Mais bizarrement, je ne ressentais pas d’inconfort émotionnel, ni de culpabilité, comme j’en éprouve pourtant souvent (car je suis un grand culpabilisable). Non, là j’avais le sentiment, peut-être injustifié, d’avoir fait de mon mieux de son vivant, et de penser souvent à lui depuis sa mort. Le sentiment de ne rien avoir à regretter.

Mais ça m’a troublé tout de même, ce rêve, tellement j’avais revu mon père pleinement vivant. J’y ai pensé à la fin de ma méditation du matin. Et les pensées qui me venaient, c’est que bien sûr, on n’aime jamais assez les vivants de leur vivant, et qu’on ne pleure jamais assez les morts après leur mort.

Mais ce n’est pas parce qu’on ne les aime pas. C’est parce que nous sommes maladroits pour nous aimer, parce que pleurer finit par nous faire trop de mal. Et parce qu’il faut bien vivre notre présent, et songer à notre avenir.

Alors, pour apaiser le spectre surgi du passé, je me suis assis et j’ai pensé à mon père ; j’ai écrit quelques lignes sur lui, sur ce rêve, en souriant et en respirant doucement.

Et en espérant que, malgré sa tête contrariée, ça ne se passait pas trop mal pour lui, là où il se trouvait…

Et vous, ça vous arrive de rêver des morts, des années après ?

Illustration : Une forêt en Allemagne. Merci Passou.

PS : ce texte reprend ma chronique du 3 janvier 2017, dans l’émission de mon ami Ali Rebehi, “Grand bien vous fasse”, tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.