Vélo-vélo-vélo

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L’autre jour, un trajet dans Paris, en vélo. Au début, ça commence bien : une voiture s’arrête pour me laisser la priorité à un croisement de rue. Avec un sourire du conducteur, en plus. Je lui fais un petit salut de remerciement, je trouve son geste sympathique : j’avais la priorité mais il lui suffisait d’accélérer au lieu de freiner pour me passer sous le nez…

Cinq minutes après, dans un passage un peu étroit, une autre voiture arrive derrière moi, et au lieu d’attendre tranquillement en me suivant que la voie s’élargisse, elle me double, en roulant trop vite et trop près : si je fais le moindre écart, elle me percute. «Espèce de très gros con !» que je me dis…

Puis, en continuant à pédaler, je me rends compte, évidemment, que mon niveau d’activation émotionnelle est bien plus fort sur cette deuxième aventure que sur la première. Et que si je ne fais rien, mentalement, c’est ce souvenir-là qui va être mémorisé de manière bien plus vigoureuse. C’est normal, c’était ma survie qui était en jeu.

Mais tout de même, si j’en reste à une simple mémoire émotionnelle, ma vision des automobilistes va être biaisée : au lieu d’avoir en tête du 50/50, moitié sympas moitié pas sympas, je vais stocker des automatismes du genre : tous dangereux avec les vélos.

Alors, je repense au gars sympa qui m’a laissé passer, à tous les neutres qui ne m’ont pas écrasé ni klaxonné quand je me faufilais (moi aussi, je dois les énerver). Pour réajuster un peu ma vision du monde, et aussi, pour me calmer et me faire du bien, je l’avoue…

Illustration : en vélo, attention aux rond-points ! Photo de Florian Kleinefenn. Florian est un copain, et honnêtement, son site vaut le détour si vous aimez la photographie contemporaine.