Visite guidée

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Ça s’est passé un dimanche d’automne, dans une forêt près de Paris (je ne m’imaginais pas, en venant habiter à Paris, qu’il y en avait autant en Ile-de-France).

Une famille avec un papa très en colère passe non loin de moi. Il rouspète : “Ils font chier ! Non, mais ils font chier ! Ils n’ont même pas mis de panneaux indicateurs !”

Il est scandalisé de ne pas trouver à chaque bifurcation un panneau pour l’aider à retrouver son chemin. Derrière lui, femme et enfants suivent, avec l’air agacé et résigné de ceux qui ont l’habitude de telles crises.

Le temps que je réalise que je peux peut-être les aider à retrouver leur direction, ils se sont engagés sur un sentier, même sans panneau. Je ne leur cours pas après, en me disant qu’ils ne risquent pas de se perdre, qu’ils vont bientôt retrouver un gros chemin ; et un peu agacé aussi par les rouspétances du papa.

Davantage de panneaux indicateurs dans la forêt ?

Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Mais je vois bien que nous avons tous de plus en plus souvent ce genre d’attentes. Nous détestons nous perdre. C’est vrai que c’est casse-pied parfois : je me souviens de quelques randonnées dans les Pyrénées où je pestais comme le monsieur, complètement perdu entre deux vallées ; à ce moment, j’en aurais bien voulu, des panneaux de direction, ou au moins un petit marquage de GR !

Mais la vie sera devenue très étrange le jour où ne nous perdrons plus du tout, nulle part, parce que tout sera balisé, sur le terrain ou sur nos GPS de poche.

Nos existences se dérouleront sur le rythme des visites guidées : pas de surprises et pas de lenteurs.

Il ne me tarde pas…

Illustration : Pyrénées (le col du Chioula) par Frédéric Richet.