Parmi les plaisirs de l’été figure celui des bavardages. On a du temps, on est moins stressé, alors on prend le temps de causer avec les personnes autour de nous : bavardages dès le petit déjeuner, en balade, le soir autour de l’apéritif, à table…
C’est bien bon, et toutes les études confirment cette intuition : les échanges sociaux augmentent notre bien-être. Même les petits échanges superficiels, les small-talks comme disent les anglo-saxons, à propos du beau temps à venir ou des courses à faire, nous sont bénéfiques, et font grandir en nous le sentiment d’être connecté aux autres.
Mais il est bon de ne pas toujours en rester là, car nous avons besoin aussi de conversations plus profondes. Et il semble même que ce soit celles-ci qui nous apportent le plus de satisfactions et de bien-être.
Ainsi, lorsque je randonne avec mon groupe d’amis marcheurs, nous organisons souvent de petits moments dédiés à cela : chacun est invité à prendre la parole, durant un quart d’heure lors d’une pause, sur un sujet qui l’a passionné durant l’année qui vient de s’écouler, une expérience qu’il a vécue et qu’il voudrait partager, ou autre chose de son choix, comme nous lire des passages d’un ouvrage qui l’a marqué.
D’autres fois, chacun doit partager son mantra personnel, une devise qui guide sa vie ; ou bien raconter ce qu’il aimerait avoir comme épitaphe, les mots dont il aimerait qu’on se souvienne en pensant à lui. Parfois encore, chacun est invité à préparer et présenter son point de vue sur un grand sujet : l’estime de soi, la vie intérieure, les émotions…
Plus globalement, tout au long de l’année, lors des repas entre amis, après avoir commenté les faits divers de notre journée de travail ou de vacances, après le temps des bavardages et des rigolades, j’aime bien que la conversation décolle ; j’aime bien que tout à coup, quelqu’un se mette à parler de lui, de sa vie, de ses expériences ; et que peu à peu tout le groupe suive et partage sur le thème : comment étaient nos parents, ce qu’on a hérité d’eux, en bien et en moins bien ; nos expériences de l’amour, du couple, de la parentalité ; des épreuves, des deuils, de la maladie ; de l’accompagnement des parents vieillissants…
Et de fait, il y a des règles, peu contraignantes, pour que ces échanges concernent tout le monde : la plus importante est de pas monopoliser la parole, de raconter son histoire pour que les autres racontent aussi la leur ; on n’est pas chez le psy, on est avec ses amis !
La seconde est de privilégier la spontanéité : nous ne faisons pas un exposé, nous partageons des ressentis, qui sont ceux des humains que nous sommes. Nos « je » sont des « nous ». C’était le pressentiment de l’écrivain Joseph Delteil : « Je dis souvent : Je, mais c’est le Je pluriel, le Je de l’Homme ! »
Dans ces moments de partage, nous le ressentons : ce qui est personnel est bien souvent universel.
Illustration : deux jeunes filles attendant l’apéro pour commencer à parler de psychologie (détail du cycle de peintures de Louis Janmot, Le Poème de l’âme).
PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en août 2024.
Références :
- Well-being is Related to Having Less Small Talk and More Substantive Conversations. Psychological Science 2010.
- Is Well-Being Associated With the Quantity and Quality of Social Interactions ? Journal of Personality and Social Psychology 2019.
