« Quand ses rayons tendrement caressent ma peau, Je suis bien et le monde tourne rond, Je ne pense pas, j’ouvre les bras… » Dans sa chanson « Nue au soleil » Brigitte Bardot chante ainsi, en 1970, le plaisir sensuel d’éprouver sur tout son corps la caresse du soleil. Moins écervelée qu’il n’y paraît…
En effet, ce grand plaisir de l’été, que nous savourons volontiers sur une plage, en maillot de bain, puisque c’est si agréable, pourquoi ne pas nous le permettre plus souvent, en nous mettant nus au soleil, comme BB ?
Parce que nous ne sommes pas tous à l’aise à cette idée ! Face à la nudité, on peut décrire, me semble-t-il, trois catégories de personnes : celles qui ne se baladent jamais toutes nues, même seules chez elles ; celles qui ne le font que rarement, et seulement si elles sont seules ou si personne ne les voit, sauf peut-être des proches ; et celles enfin qui n’ont pas de difficultés à se mettre nues, dès que pointe un rayon de soleil.
La science donne raison à ces dernières : les études confirment les bienfaits de l’exposition solaire, tant pour la santé du corps (il permet la synthèse de vitamine D, aide à la synchronisation de nos horloges biologiques et facilite ainsi la qualité du sommeil et de l’éveil) que pour celle de l’esprit (il améliore notre humeur et notre sociabilité).
Mais il n’y a pas que le soleil : la nudité elle aussi semble avoir des vertus. Notamment sur l’estime de soi. Par quel mécanisme ?
Apparemment, ce n’est pas, ou pas seulement, parce qu’on assume de montrer son corps nu, même imparfait. Mais plutôt parce qu’on voit les corps nus des autres, et qu’on ne souffre pas trop de la comparaison. Car ces corps réels, normaux, eux aussi imparfaits, nous complexent beaucoup moins que ne le font les corps dénudés des mannequins et des stars, dont les pubs et les écrans nous saturent !
Le naturisme ne consiste pas seulement à aimer se mettre nu au soleil, libéré du carcan des vêtements (ça, c’est le nudisme), il est aussi une philosophie de vie. Des trois idées généralement associées à nudité – sexualité, santé, liberté – le naturisme ne s’intéresse qu’aux deux dernières. Il vise à une nudité égalitaire, tranquille, loin des nudités exhibitionnistes. Au contraire : la nudité n’empêche pas une certaine pudeur.
La pudeur, c’est la gêne ressentie à dévoiler son intimité à autrui ; pour certains, l’intimité commence à l’expression des émotions ; pour la plupart, elle concerne la nudité du corps.
Ainsi, la pudeur ne s’oppose pas à la nudité, elle peut plutôt en être l’élégance. Il y a des manières pudiques de se montrer nus, et d’autres impudiques de s’étaler en maillot de bain. Alors, si l’expérience de la nudité au soleil vous tente cet été, ne vous refusez pas ce plaisir, et souvenez-vous qu’il est possible de le faire avec pudeur et élégance…
Illustration : À son époque, nue au soleil, ça ne se faisait pas, ou pas en public ; être bronzée, ce n’était pas chic, juste bon pour les filles de la campagne… (la Marquise d’Antin, par Nattier, 1685-1766).
PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en juillet 2024.
Référence : Naked and Unashamed : Investigations and Applications of the Effects of Naturist Activities on Body Image, Self-Esteem, and Life Satisfaction. Journal of Happiness Studies 2018.
