Si tu veux la paix, prépare ta paix…

 

Bon, quand le monde va mal, quand il est anxiogène, la tentation est grande de se replier sur soi, chez soi, pour se protéger, se réconforter. Problème : ce n’est pas ça qui va améliorer la situation, le monde continuera d’aller mal.

Certes. Mais ne pas se protéger, ne pas se réconforter et finir par aller mal soi-même, ce n’est pas non plus une solution pour l’améliorer, la situation !

C’est d’ailleurs un débat classique entre les tenants de l’action psychologique et ceux de l’action politique.

Les premiers disent : il faut encourager les gens à aller bien. Les seconds : il faut encourager les gens à changer le monde.

Les tenants de l’action politique pensent que prendre soin de soi, c’est un acte égoïste vu l’état de la planète. Ceux de l’action psychologique pensent que si on veut faire de la politique, il faut commencer par aller bien dans sa tête, et s’occuper de sa politique cérébrale intérieure.

Nous voilà bien… Non seulement l’état du monde est inquiétant, mais en plus nos réactions à son chevet sont désordonnées et contradictoires. Ça fait un peu mal à la tête tout ça…

Chercher le soleil au milieu de la nuit. Quand tout va mal, se réconforter. C’est-à-dire, littéralement, se permettre de reprendre des forces. Il ne s’agit pas de fuir le monde, mais de l’oublier un instant, de s’accorder un répit, de disposer d’un moment, d’un lieu, où l’on se sentira, au moins provisoirement, à l’abri, à même de récupérer de ce qui nous tourmente et nous inquiète.

Se réconforter, ce n’est pas juste une question de plaisir, c’est vital, c’est le carburant pour tenir le coup. C’est une vision du bonheur que les philosophes disent tragique : le bonheur n’est pas un rempart ou une garantie contre le malheur, mais il est une source d’énergie et de motivation pour affronter le malheur qui rôde, tout autour des vies humaines.

Bien sûr, il y a des pièges dans cette quête de réconfort : le piège de la fuite du monde, et celui de la quête d’un confort dont peu à peu on ne veut plus sortir ; le piège de l’égoïsme, qui nous pousse à consacrer tous nos efforts à nous-mêmes.

Pourtant, plus le monde va mal, plus il est nécessaire et légitime de prendre soin de soi. Ne serait-ce que pour se préparer au moment où l’on va revenir au tumulte, et essayer alors de changer ce qui ne va pas. Comment ? Eh bien, chacun fait comme il veut, ou comme il peut : certains vont militer ou se politiser ; d’autres vont se contenter de faire le bien, de se montrer aidants et bienveillants tout autour d’eux.

Ça me rappelle mes cours de latin au collège, tiens ! On nous enseignait une maxime célèbre : « Si vis pacem, para bellum », si tu veux la paix, prépare la guerre. C’est la voie de l’action politique pour changer le monde : mener une guerre policée contre tout ce qui ne va pas, une guerre qui vise la paix.

Mais il y a aussi la voie de l’action psychologique, dont la maxime serait alors : « Si vis pacem, para pacem », si tu veux la paix, prépare la paix, prépare ta paix intérieure. S’efforcer de construire en soi cette paix intérieure : cela nous fera certainement du bien, et cela nous aidera peut-être à agir avec plus de justesse.

La voie du réconfort, pour nous aider à replonger, plus forts et plus lucides, dans la mêlée…

 

Illustration : Un moment de réconfort entre amis, à une époque où l’Europe était ravagée par les Guerres de religion… (un vitrail à Troyes).

PS : cet article reprend ma chronique du 19 novembre 2024, que vous pouvez écouter ici ; c’était dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.