Attendre le train

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L’autre jour, lors d’une de mes pérégrinations vers un congrès ou une librairie, j’attendais le train sur un quai de gare. Je l’attendais vraiment : regardant l’heure régulièrement, observant l’horizon et me demandant s’il allait arriver par la droite ou la gauche. Tout en sachant que l’heure prévue du départ n’était que dans 10 minutes. Mais je me demandais si c’était un train qui venait d’ailleurs (dans ce cas, il arriverait seulement à l’heure prévue) ou s’il partait d’ici (dans ce cas, il serait à quai plus longtemps avant, et je pourrai y monter).
Bref, l’esprit complètement encombré de trucs inintéressants. Heureusement, je m’en suis rendu compte (ce n’est pas toujours le cas…). Je me suis vu tout à coup en train d’attendre mon train comme un chien attend sa pâtée. Waf ! Rien contre les chiens, ils sont sympas, mais bon, chacun sa vie…
Je me suis dit que non, c’était vraiment « trop pas intéressant » comme disent mes filles. Alors j’ai switché vers un exercice de pleine conscience : au lieu de « faire » quelque chose (attendre) je suis passé sur le registre « être juste là » et savourer l’instant présent. J’ai laissé tomber la montre et l’horizon du bout des rails. Et j’ai tourné mon attention vers ma respiration, la façon dont je me tenais, je me suis doucement redressé, j’ai ouverts mes épaules ; puis j’ai aussi ouvert mes oreilles, j’ai écouté les sons de la gare, les rumeurs, les bruits de rails, les cris d’oiseaux ; j’ai observé la lumière de ce matin de printemps (j’avais donné une conférence la veille au soir), les mouvements lents d’un train de marchandise tout au bout des quais, les nuages, toutes les installations, les panneaux, les bâtiments au loin. Fantastique tout ce qu’il y avait à voir et à ressentir.
Fantastique comme c’était intéressant et apaisant d’être intensément là, présent à ma vie de l’instant. Lorsque je suis monté dans le train, j’étais serein comme jamais. Je ne l’avais pas attendu une seconde. J’avais juste vécu ma vie. Trop pur !