C’est quoi, être sympa ?

 

La scène se passe l’été dernier, lors d’une séance de bavardages d’après-repas, en vacances avec des amis. Nous évoquons d’autres amis, récemment croisés, et nous en établissons les profils : « X est pénible, il ne parle que de lui ; Y est vraiment très sympathique, elle met une bonne ambiance », et on enchaîne joyeusement discussions et anecdotes à l’appui.

Peu après, lors de la sieste de l’après-midi (officiellement, j’appelle ça « mon temps calme », cet agréable moment de somnolence, pendant lequel je laisse mon cerveau vagabonder), je repense à notre discussion, et je me demandé ce que signifie ce mot : « sympa » ?

Le terme est évocateur, mais simplificateur, et nous avons souvent tendance à paresseusement le sur-utiliser : dans la vie, il y a comme ça les sympas et les pénibles, les géniaux ou les nazes, les cools ou les chiants, etc.

Mais après ? « On colle des étiquettes sur les hommes non pour les reconnaître mais pour se dispenser de les regarder » écrit le philosophe Gustave Thibon. Je décide de regarder mieux.

Ressentir de la sympathie pour une personne, c’est se sentir en affinité, en proximité avec elle. On le sait, le mot sym-pathie vient du grec ressentir-avec. Dans mon demi-sommeil, ma moitié de sieste consciente, je songe alors aux connaissances récentes ou anciennes que je trouve sympathiques : de quoi se compose le bien-être qu’elles m’inspirent ? Seulement d’une sensibilité commune ?

C’est un peu plus que ça…

Nous trouvons une personne sympathique parce qu’en général elle est aimable, sociable, agréable. Ça, ce sont les bases indispensables pour recevoir l’étiquette « sympa ». Puis, il y a les options : elle peut avoir de l’humour, de la gentillesse, posséder l’art précieux de la relance et de la conversation…

Finalement, la sympathie émane de ces qualités discrètes que les anciens nommaient « vertus communes » : cordialité, affabilité, tact, délicatesse, serviabilité… Et surtout, de la vertu de simplicité, qui rend ces personnes « faciles à vivre, à comprendre, à aimer », selon les mots du philosophe André Comte-Sponville.

Les gens sympas sont faciles à vivre, d’abord : car parfois, des amis pleins de qualités, s’avèrent exigeants, compliqués, difficiles au quotidien. Faciles à comprendre, ensuite : pas besoin de prendre sans cesse des gants, des précautions, de se surveiller ; avec eux, les règles de bonne entente sont claires et logiques, sans sautes d’humeur ni susceptibilité à fleur de peau. Faciles à aimer, enfin : sans exigences d’exclusivité, de possessivité.

Dans une lettre à son ami le poète René Char, Albert Camus écrivait en 1957 : “Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, et qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. »

Voilà, c’est exactement ça ! Une affection forte à éprouver mais légère à porter : les gens sympas nous font du bien, en respectant notre liberté. On s’apprécie, on aime être ensemble, et tout reste doux et léger.

C’est sympa, non ?

 

Illustration : un chien sympa…

PS : cette chronique a été publiée à l’origine dans Psychologies Magazine en octobre 2023.