Le monde est plein de dangers

 

 

« Le monde est plein de dangers et de menaces.

Face à ces dangers et ces menaces, je suis fragile et les personnes que j’aime sont elles aussi fragiles.

Pour survivre, ou augmenter nos chances de survie, il faut toujours faire attention à tout, et être aux aguets.

Ne pas le faire et se croire à l’abri en regardant ailleurs, c’est de l’inconscience. »

Voilà : ça, c’est le credo des personnes anxieuses. Le credo ça veut dire « je crois » en latin, et c’est donc le nom de la prière catholique où l’on affirme sa foi.

Les personnes anxieuses ont leur foi à elles : elles croient en la catastrophe, toujours possible ; elles croient en l’immense fragilité des humains, de leurs résolutions, de leurs constructions, comme la paix, la démocratie, la logique, la justice ; elles croient qu’il faut toujours faire attention à tout.

Qui peut leur dire, les yeux dans les yeux, qu’elles ont tort de croire ça ? Franchement, pas moi ! Moi, je ne me demande pas pourquoi il y a des gens anxieux, je me demande plutôt comment il peut y avoir des gens qui ne le sont pas !

Le monde est terrible, les humains sont fragiles, il faut faire attention : hélas, les anxieux ont raison. Du moins jusque-là.

Car le problème commence à l’étape suivante : est-ce qu’il ne faut vivre que pour faire attention, laisser l’anxiété guider toutes nos décisions, et passer notre existence à surveiller tous les dangers, bien réels, qui nous peuvent arriver ?

Ou bien, est-ce qu’il faut respecter notre anxiété, l’écouter, agir en conséquence pour nous protéger de notre mieux. Puis, de toutes nos forces, nous tourner vers le reste, tout ce qui n’est pas menace et danger, mais possibilités de bonheur et d’amitié ? Est-ce qu’il faut faire vivre en nous cette petite flamme folle, qui nous donne envie de continuer à habiter et transformer cette Terre en flammes ?

Si peu d’amour avec tellement de bruit, tellement de violence, tellement de haine. On dirait que c’est vrai quand on regarde les actualités. Mais non, en fait, c’est faux.

C’est faux, parce qu’il y a au cœur de tous les humains une quantité illimitée de ressources. Et sur la durée, ça peut faire reculer la folie et la haine. Si nous ne restons pas les bras croisés.

Si nous faisons preuve de force : il faut toujours arrêter le bras qui veut frapper.

Si nous faisons preuve d’intelligence : en n’oubliant jamais que, comme nous, presque tous les humains veulent vivre dans la paix.

Si nous faisons preuve d’’amour : en aimant ces humains de bonne volonté, en allant vers eux, en leur parlant, en leur souriant, en les aidant.

Quoi, comment ? L’intelligence et l’amour, ça ne marchera pas face aux fanatiques ? Non, face à eux, rien ne marche, que la force. Mais ça marchera avec tous les autres, l’immensité de l’humanité.

Quoi, comment ? L’intelligence et l’amour, ça ne marchera pas tout de suite ? Non, mais ça marchera à la fin.

Quoi, comment ? Tout ça, c’est une espérance naïve ? Ah, peut-être… Mais vous savez ce que disait Primo Levi, rescapé d’Auschwitz, camp d’extermination nazi ? Il disait ceci : « Je ne saurais donner de justification à cette confiance en l’avenir de l’homme qui m’habite. Il est possible qu’elle ne soit pas rationnelle. Mais le désespoir, lui, est irrationnel : il ne résout aucun problème, il en crée même de nouveaux et il est par nature une souffrance. »

Allez, on va conclure : face à l’anxiété qui peut nous étreindre, gardons-nous du désespoir. Mais que notre espérance ne reste pas les bras croisés. Qu’elle s’appuie sur la force, l’intelligence et l’amour.

La force et l’intelligence pour aujourd’hui et pour demain.

Et l’amour pour toujours.

Comme d’habitude.

 

Illustration : un hibou inquiet (tapisserie, par René Perrot).

PS : cet article reprend ma chronique du 14 novembre 2023, que vous pouvez écouter ici, c’était dans l’émission de France Inter, Grand Bien Vous Fasse.