Dessins d’enfants

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C’est pendant les vacances de Pâques. Nous sommes deux familles, avec 6 enfants.
Un après-midi, une de mes filles commence à dessiner dans la grande cuisine de la maison que nous occupons des objets posés sur la table, et peu à peu tous les autres arrivent, regardent, commentent et se mettent à vouloir dessiner eux aussi. Choix des sujets (une nature morte composée d’une bouteille et de fruits), quelques conseils d’une maman artiste, puis c’est parti.

Évidemment, au bout d’un moment, l’enthousiasme fait place à quelques doutes (« C’est comme ça qu’il faut faire ? C’est pas trop grand, ce truc ? »). Puis à des certitudes négatives (« Non, c’est trop moche, j’arrête »).
Viens alors le temps du coaching des parents, qui pendant ce temps-là préparent le repas du soir en bavardant entre eux : « – Mais non, n’arrête pas, c’est très bien ! – Non, c’est pas bien, c’est moche.
– Mais si c’est bien ! Allez, continue… »
Le fait que cela se fasse en groupe ne simplifie pas les choses : on compare et on se désole encore plus fort !
Je m’approche doucement, et je commence à remonter le moral du plus abattu, sentant qu’il risque de démissionner : « – J’aime bien ton dessin. – Non, il me plaît pas, il n’est pas ressemblant. Regarde, ma bouteille n’est pas du tout comme la vraie. »

Ah zut, ça c’est exact : son dessin ne ressemble pas du tout à ce qu’on voit. Comment le remotiver sans lui mentir ? Je cherche un peu, puis ça me vient : « C’est juste, ta bouteille est différente. Mais elle est bien, quand même. Et puis c’est la tienne. Elle n’est pas obligée de ressembler exactement au modèle. »
Ça le rassure un peu, mais sans plus. Alors je continue : « Et puis tu sais, les pommes et la bouteille vont disparaître : on va les manger, la boire. Et ils ne seront plus là. Mais ton dessin, lui, on va le garder en souvenir, il restera pour toujours. »
Cette idée a l’air de l’intéresser plus que les autres. Il arrête de gémir, et se remet à dessiner. Et il termine son oeuvre. Puis il repart jouer. C’est oublié.

En y repensant un peu plus tard, je me demande encore pourquoi cet argument-là sur son dessin l’avait touché et remotivé, et pas les autres.
Peut-être que nous avions alors effleuré l’idée d’éternité de l’œuvre d’art face à l’éphémère des choses de la vie ?
Ou peut-être qu’il en avait marre de mes raisonnements, et qu’il s’est dit que terminer vite fait le dessin lui permettrait d’échapper au débat…

Illustration : une des oeuvres d’art (j’ai effacé le nom du signataire pour ne pas contrarier sa modestie).