La première impression

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On dit souvent que la première impression est la bonne. Ce genre d’affirmations me met mal à l’aise.

D’abord parce que cela ne nous laisse guère de chances si cette première impression n’a pas été bonne, justement. Je pense à tous mes patients timides, mal à l’aise et maladroits face à toutes les premières fois : si tout le monde raisonne comme ça avec eux, quel gâchis ! Ils sont très gauches les premières fois, puis se bonifient avec le temps.

Ensuite parce que c’est faux. Ou partiellement vrai, mais pas complètement. La première impression nous donne des informations souvent fondées (pour les timides, par exemple, l’information qu’ils peuvent être très très mal à l’aise, et donc peu avenants). Mais souvent incomplètes (ils peuvent être aussi autre chose que mal à l’aise, ne plus l’être lorsqu’ils sont en confiance).

Quelqu’un qui se montre d’emblée désagréable et négatif va nous faire une mauvaise impression. Est-ce la bonne ? C’est juste un bout de lui qu’il nous a montré. Il y en a sans doute d’autres. Et peut-être meilleurs et plus intéressants. Le piège, comme toujours c’est de trop vite juger et généraliser. La première impression est parfois vraie, mais jamais représentative de la globalité d’une personne.

Alain Berthoz, professeur au Collège de France, a inventé un beau mot qui permet de réfléchir à ça : la simplexité ; pour nous rappeler que le simple n’existe pas, et que la complexité est toujours à l’œuvre en arrière-plan de toute simplicité apparente. La simplexité des rapports humains… À la fois très simples (dans nos besoins fondamentaux) et très compliqués (dans leur mise en œuvre).

Image : “Bonjour Monsieur Courbet”, au Musée Fabre, de Montpellier.